Résumé

Transcription

Le soir du 26 février 2020, les membres et les invités des Cliff Dwellers sont restés après le dîner pour écouter William J. Bowe, ancien président du club et ancien vice-président exécutif de l’Encyclopaedia Britannica, parler d’« Un demi-siècle de défense contre les missiles balistiques et les satellites : des missiles Nike sur les rives du lac à Chicago à la nouvelle Space Force américaine ».

Bowe a commencé par un regard amusé sur un sujet qu’il suit depuis les années 1950. Des missiles Nike à ogive nucléaire se tenaient alors prêts sur des sites entourant Chicago, notamment à Belmont Harbor et à Jackson Park, dans le cadre d’un dispositif national de l’armée de terre contre les bombardiers soviétiques à long rayon d’action. Il est ensuite passé au successeur de Nike, le malheureux système antimissile balistique Safeguard. Analyste du contre-espionnage de l’armée au Pentagone à la fin des années 1960, il avait évalué les risques d’espionnage et de sabotage pesant sur Safeguard, un travail qui l’a conduit à l’arsenal de Redstone, au centre de commandement du NORAD à l’intérieur de Cheyenne Mountain, à l’atoll Johnston et à l’atoll de Kwajalein.

Diapositives et apartés ironiques à l’appui, il a décrit le radar en forme de pyramide de Nekoma, dans le Dakota du Nord, l’essai nucléaire de 1962 dans l’espace au-dessus de l’atoll Johnston, les missiles d’essai tirés de Californie vers le lagon de Kwajalein, et les radars de recherche de Meck et de Roi-Namur. Il a retracé la suite : le traité ABM de 1972, la « guerre des étoiles » de Ronald Reagan, la fin de la guerre froide et le retrait américain du traité en 2002.

L’exposé s’est achevé sur les menaces apparues depuis : missiles montés sur rail et missiles hypersoniques, cyberattaques, brouillage, armes cinétiques et armes laser visant les satellites dont dépend la vie moderne. Bowe a expliqué comment ces menaces ont poussé les États-Unis à créer la Space Force et le Space Command. Il a conclu avec un optimisme prudent, estimant que le danger nucléaire sera moindre en 2045, centième anniversaire d’Hiroshima, puis il a répondu aux questions.

Transcription

Traduction française de la transcription, légèrement révisée pour la clarté et la lisibilité ; les faux départs et les répétitions ont été supprimés, la substance de chaque propos étant préservée. Cliquez sur un titre de section ou sur une diapositive pour faire avancer la vidéo ci-dessus jusqu’à ce moment de l’exposé.

Bienvenue et une éducation de guerre froide ▶ 00:04

Diapositive 1 : Diapositive de titre : Un demi-siècle de défense contre les missiles balistiques et les satellites

Eh bien, merci. Je crois que nous sommes prêts à commencer. C’était un excellent repas que le chef Victor et son équipe nous ont préparé. Et merci à tous d’être venus. J’ai ici d’anciens clients du temps où j’exerçais en cabinet, il y a bien longtemps, sans parler des habitués. Charlie, je te vois là-bas au bar. Merci d’être ici ce soir plutôt que de regarder Blanche-Neige en streaming sur Disney Plus.

Dans les années 1950, j’étais curieux, comme peut-être beaucoup d’entre vous. D’ailleurs, voyons combien de mains se lèvent parmi ceux qui se souviennent des sites de missiles Nike. Cela fait plus de la moitié. Tant mieux, car si vous disiez aux jeunes d’aujourd’hui que nous avions des armes nucléaires entreposées dans nos parcs et nos ports, ils ne vous croiraient pas. Mais je me souviens d’avoir un peu fureté autour du site de Belmont Harbor.

Au début des années 1960, à l’université, j’étudiais les sciences politiques. J’ai suivi un cours de relations internationales centré sur la compétition nucléaire entre les États-Unis et l’URSS pendant la première décennie de la guerre froide. C’était très, très intéressant. Je me souviens que les lectures imposées comprenaient Henry Kissinger, alors professeur à Harvard. Il était l’un des rares universitaires à écrire sur ce genre de sujet à l’époque. Alors que la guerre du Vietnam prenait de l’ampleur, je suis revenu à Chicago et j’ai fait mon droit. Et ensuite, et c’est pourquoi nous avons ce sujet devant nous ce soir, j’ai reçu la formation de troisième cycle la plus extraordinaire et la plus inattendue en matière de défense antimissile balistique. Et tout cela grâce à l’armée.

Pourquoi ce sujet, et pourquoi maintenant ▶ 02:01

J’ai gardé un œil sur ce domaine dans l’actualité au fil des décennies, mais j’ai été ramené à ce sujet l’automne dernier en remarquant quelque chose de tout à fait frappant. Cela vous a peut-être frappés de la même manière : le Président et le Congrès se sont réellement mis d’accord sur quelque chose. Une fois remis de ma stupeur, je me suis renseigné. Et bien sûr, ce sur quoi ils s’étaient entendus, c’était la création de la Space Force et du Space Command qui l’accompagne.

Comme l’armée m’avait donné cette étrange formation, l’automne dernier marquait le demi-siècle de mon travail sur le successeur de Nike, le système antimissile balistique Safeguard. Il m’avait conduit à l’atoll de Kwajalein, dans le Pacifique occidental, qui était alors le terminus ouest du champ de tir de missiles du Pacifique. Je m’y étais plongé assez profondément à l’époque, en examinant les questions de contre-espionnage et de contre-sabotage qui touchaient le système de missiles alors en cours de développement. Il n’avait pas encore été déployé.

Je vais donc parler des Nike à Chicago. Je parlerai un peu du système Safeguard. J’ajouterai un peu d’histoire de la guerre froide, et je parlerai de ce qui s’est passé pour nous amener à ce moment précis de notre histoire, où nos militaires considèrent l’espace comme un théâtre de guerre potentiel dont il faut s’occuper. Et pour finir, je conclurai par quelques remarques sur l’horloge de l’Apocalypse et la façon dont elle avance.

En étudiant la question l’automne dernier, j’ai découvert qu’il s’était passé tant de choses dont je ne savais rien. Je suis allé voir notre ancienne présidente, Eve Moran, et la responsable de notre programmation, Joan Pantsios, et je leur ai dit : « Je pense que cela pourrait être intéressant. Qu’en pensez-vous ? » Elles ont dit : « Oui. » Voilà pourquoi nous sommes ici, et si ce petit exposé devait ennuyer à mourir bon nombre d’entre vous, joignez-vous à moi pour reprocher à ces deux-là de nous avoir mis dans ce pétrin. J’espère que vous trouverez tout ce sujet aussi intéressant et fascinant que je l’ai trouvé au fil des ans, même si, bien sûr, c’est une question préoccupante dont il faut parler et à laquelle il faut réfléchir.

Les missiles Nike autour de Chicago ▶ 04:40

Diapositive 2 : Déploiement des sites de missiles Nike en 1958

Dans les années 1950, comme vous le voyez ici, voici le déploiement national des défenses par missiles Nike. Il y avait 40 zones de défense, et 200 batteries Nike réparties entre ces zones. Les zones de défense avaient été choisies en fonction de leur valeur présumée pour les Soviétiques en cas d’attaque de bombardiers nucléaires soviétiques. Les cibles comprenaient donc Chicago et d’autres grandes villes, les bases de missiles intercontinentaux de l’armée de l’air, les barrages et autres. Chicago était le plus important de tous ces sites aux États-Unis.

Diapositive 3 : La guerre froide arrive à Chicago, 1953-1971

Maintenant, ceux d’entre vous qui se souviennent d’un site Nike, voyez si vous pouvez retrouver votre banlieue sur cette carte. En haut à droite, c’est le site de Jackson Park, et en dessous le site de lancement de Belmont Harbor. Les radars de Belmont Harbor se trouvaient juste au nord, à Montrose Harbor, et l’ancien président Bill Getzoff m’a raconté l’autre jour que, lorsqu’il était dans la Garde nationale de l’Illinois, il patrouillait justement autour de ces radars. Alors merci pour vos états de service, Bill. Sachant à quel point il devait être efficace en sentinelle, je suis certain qu’à cette époque pas un seul Vietnamien n’a franchi la clôture d’enceinte.

Diapositive 4 : Rapport filmé final de l’armée de l’air des États-Unis, 1960

Les premiers missiles Nike étaient armés d’assez d’explosifs conventionnels pour abattre un seul bombardier soviétique. Puis, en 1958, puisque plus c’est toujours mieux, on a doté les Nike d’ogives nucléaires afin qu’ils puissent abattre plusieurs bombardiers à la fois. Voici un court extrait d’un film réalisé pour l’armée de l’air. Il porte sur le missile Thor, mis au point à la hâte dans les années 1950 et envoyé en Europe parce que notre propre force de missiles intercontinentaux n’était pas prête à l’époque. Il donne une idée du climat de menace tel qu’on le percevait alors. C’était du sérieux.

Narrateur du film : Rappelons la naissance de Thor et, à vrai dire, les raisons qui ont conduit à sa conception. Comme la plupart des enfants de la guerre, Thor a été conçu par les tensions internationales. Quand l’ours russe est sorti de son hibernation avec un grondement à l’hydrogène, il nous fallait un gros bâton, et il nous le fallait vite. Nous avions déjà commencé à mettre au point des missiles balistiques intercontinentaux d’une portée de 8 000 kilomètres. Mais si le programme ICBM avançait favorablement, sa disponibilité opérationnelle était encore à des années de là. Nous avions bien la force de dissuasion immédiate du Strategic Air Command, mais combien de temps nos bombardiers pourraient-ils, à eux seuls, tenir l’ours russe en respect ?

Diapositive 5 : Dernière ligne de défense : les sites de missiles Nike dans l’IllinoisDiapositive 6 : École du quartier général du renseignement de l’armée, Fort Holabird, septembre 1968

Bill Bowe : Cet historique, qui date des années 1990, a été préparé par le National Park Service, qui a hérité de certains des sites Nike, ainsi que par le Corps du génie de l’armée, qui les avait conçus. Mais en 1974 ils avaient tous disparu, de sorte qu’il ne reste plus dans l’Illinois de tourisme de guerre froide autour des sites Nike. Je m’étais engagé en 1968 dans la branche du renseignement de l’armée.

Membre du public : Qui est-ce, sur cette photo ?

Bill Bowe : Le Bill Bowe mince.

Membre du public : Quel beau gosse !

Le renseignement de l’armée et Safeguard ▶ 08:30

Diapositive 7 : Formation à l’interrogatoire des prisonniers, Fort McHenry, septembre 1968

Bill Bowe : Au fait, je vous donnerai mon numéro de téléphone après. J’ai donc suivi la formation au contre-espionnage à Fort Holabird, à Baltimore, et il n’y a pas longtemps, à la table des membres, j’ai appris que Bob Newman, ici présent, qui siège à notre conseil, était passé par Fort Holabird à peu près à la même époque. Alors merci pour vos états de service, Bob. La guerre du Vietnam continuant de s’intensifier, beaucoup de diplômés de l’école du renseignement sont partis au Vietnam, Bob compris. Cette formation à l’interrogatoire des prisonniers que nous avons suivie reflétait la réalité de la guerre du Vietnam qui se déroulait alors.

Diapositive 8 : Affectation au Pentagone en 1968 : section d’analyse du contre-espionnage

J’étais plus âgé que la plupart de mes camarades de l’école du renseignement ; j’avais fait l’université et le droit, et j’avais même un an d’exercice. C’est pour cela, je crois, que je me suis retrouvé affecté à la section d’analyse du contre-espionnage du bureau du chef d’état-major adjoint chargé du renseignement de l’armée, au Pentagone. Ce type de renseignement consiste à protéger vos secrets et vos moyens contre ceux qui voudraient leur nuire.

Avec la volonté, à l’époque, de remplacer la capacité antiaérienne des Nike par une défense contre les missiles intercontinentaux, Safeguard était la priorité absolue. C’était le billet d’entrée de l’armée de terre dans la technologie plus moderne de l’avenir. L’une de mes premières missions a donc été d’évaluer les aspects de contre-espionnage et de contre-sabotage du développement du programme.

Diapositive 9 : Déplacements de 1969 pour le système ABM Safeguard

Il m’était impossible de comprendre ces questions sans prendre la route. Je suis donc allé d’abord à l’arsenal de Redstone, où l’on concevait le système et où l’on en dirigeait le développement, puis à Colorado Springs, au quartier général du NORAD. Le NORAD, bien sûr, exploitait ce qui était alors le réseau de défense aérienne dans lequel Safeguard devrait s’insérer. Et je me suis rendu à l’atoll de Kwajalein, où l’on utilisait des missiles intercepteurs, des radars et des optiques de pointe pour résoudre les problèmes de développement de ce système avancé. Il se trouve que j’ai aussi fait une escale imprévue à l’atoll Johnston, dans le Pacifique.

La courte vie de Safeguard ▶ 10:50

Diapositive 10 : La défense antimissile nationale, un pont trop loinDiapositive 11 : La maîtrise des armements antimissiles balistiques

Comme vous pouvez le voir, le système ABM Safeguard n’a pas duré longtemps après que j’y ai travaillé en 1969. Les efforts ultérieurs pour mettre au point une défense antimissile nationale n’ont jamais vraiment abouti, en partie à cause des accords de maîtrise des armements et de limites technologiques persistantes. De plus, avec le temps, on a hésité à bouleverser, ou à risquer de bouleverser, l’impasse nucléaire entre les États-Unis et l’URSS. Après mon départ de l’armée en 1971, et avant le déploiement de Safeguard, les Soviétiques et les États-Unis étaient déjà convenus de limiter leurs défenses ABM à deux sites seulement. Et en 1976, les deux sites américains avaient été fermés unilatéralement.

Dans les années 1980, l’Initiative de défense stratégique de Reagan, surnommée la guerre des étoiles, n’a produit aucune arme défensive, bien qu’elle ait contribué à précipiter la faillite de l’URSS et, finalement, sa dissolution dans cette phase de la guerre froide. Les États-Unis se sont retirés de ce traité en 2002, et cela parce qu’un nouvel acteur était entré en scène, un acteur auquel nous semblons avoir de nouveau affaire aujourd’hui : la Corée du Nord.

La pyramide de Nekoma, Dakota du Nord ▶ 12:13

Diapositive 12 : Carte du déploiement de SafeguardDiapositive 13 : Site Safeguard Mickelsen, Nekoma, Dakota du NordDiapositive 14 : La pyramide du radar du site de missiles à Nekoma

Seuls deux sites Safeguard ont jamais été construits. L’un se trouvait dans le Montana, sur une base aérienne d’ICBM, et l’autre dans le Dakota du Nord. Et, croyez-le ou non, voici le site du Dakota du Nord, le complexe Safeguard Mickelsen de Nekoma, Dakota du Nord, 48 habitants. C’est une destination du tourisme de guerre froide, mes amis. Aujourd’hui les touristes y passent pour jeter un coup d’œil au radar du site de missiles, en haut, et en dessous vous voyez les champs de missiles Spartan et Sprint avec leurs silos. Et voici justement un petit groupe de touristes. Je suis sûr que vous savez exactement ce qu’ils pensaient : « Pourquoi dépenser de l’argent pour voir les Grandes Pyramides quand on a ici une assez belle pyramide ? »

Diapositive 15 : Trappes de silos de missiles à Nekoma

Dans la défense contre les ICBM, la vitesse est essentielle, comme on peut s’y attendre. Une façon d’accélérer les choses serait de ne pas avoir de lourdes trappes métalliques sur les silos, mais plutôt une trappe en polystyrène que le missile pourrait traverser d’un coup, sans attendre qu’elle s’ouvre. Et remarquez la clôture autour de ce champ de missiles. Cette histoire de polystyrène m’a laissé songeur quand mes recherches ont révélé que, sur une base d’ICBM de l’armée de l’air, des lycéens avaient franchi la clôture d’enceinte. Et que fait-on dans ce cas ? On peint l’année de sa promotion de lycée sur le silo.

À l’intérieur de Cheyenne Mountain ▶ 13:51

Diapositive 16 : Rôle du centre d’opérations du NORAD à Cheyenne MountainDiapositive 17 : Cheyenne Mountain

Ainsi, après avoir été initié aux rudiments de Safeguard à Redstone, cap sur Cheyenne Mountain. Cette diapositive illustre le rôle complexe que joue aujourd’hui le centre d’opérations du NORAD dans une bataille pour détruire des ICBM en approche. On accède au quartier général du NORAD en montant dans un bus qui s’enfonce profondément dans la montagne par un tunnel. On descend du bus, on franchit deux portes blindées à l’épreuve du souffle, puis on débouche dans une immense caverne qui s’ouvre devant soi.

Diapositive 18 : Carte postale d’attaque nucléaire envoyée à la maison

La caverne creusée dans la montagne de granit est aujourd’hui remplie de bâtiments de bureaux préfabriqués de plusieurs étages qui reposent sur d’énormes poutres en I. Ces bâtiments et leurs raccordements sont tous montés sur ressorts, de sorte que, lorsque l’ICBM soviétique frappera la montagne, ils seront « remués, mais pas secoués ». Après avoir reçu cette formation sur la place de Safeguard dans l’ensemble, j’ai envoyé une carte postale à ma mère, à la maison, et je lui ai dit que mon briefing d’avant-bataille sur l’attaque nucléaire avait eu lieu, fort à propos, à la chapelle de l’Académie de l’armée de l’air.

L’atoll Johnston et une bombe dans l’espace ▶ 15:18

Diapositive 19 : L’atoll Johnston, sur la route d’Hawaï à KwajaleinDiapositive 20 : Histoire de l’atoll Johnston

Je me suis ensuite rendu à Honolulu pour embarquer sur un vol militaire à destination de Kwajalein, et l’avion s’est arrêté pour refaire le plein à l’atoll Johnston, l’un des endroits les plus étranges où je sois jamais allé de ma vie. Un peu d’histoire : le Sally a découvert l’atoll en traversant le Pacifique, et il s’y est échoué. Le capitaine britannique du Cornwallis, quelques années plus tard, a modestement donné son propre nom à l’atoll. L’exploitation commerciale des importants gisements de guano de l’atoll a commencé après que le Congrès l’eut autorisée au milieu du XIXe siècle, et le Tanager et le Whippoorwill y ont mené des relevés scientifiques au début du XXe siècle.

Diapositive 21 : 1958 : l’expansion de la guerre froideDiapositive 22 : L’île Johnston et ses agrandissements artificiels par année

Sans surprise, pendant la guerre du Pacifique, lors de la Seconde Guerre mondiale, c’était un dépôt de ravitaillement en carburant de la marine et de l’aviation de l’armée. Johnston a été désaffecté en 2004 et a été brièvement, et sans succès, mis en vente par l’Administration des services généraux du gouvernement fédéral comme propriété de villégiature. La guerre froide est arrivée à Johnston en force en 1958, lorsqu’a commencé la première d’une série d’explosions nucléaires à haute altitude. Comme vous le voyez sur cette image, Johnston est aujourd’hui abandonné. Notez que le schéma voisin montre que les agrandissements artificiels de Johnston ont tous eu lieu au plus fort de la guerre froide.

Membre du public : Juste une question à ce sujet. Où ont-ils trouvé les matériaux de remblai pour agrandir cette île ?

Bill Bowe : Peut-être ont-ils simplement gardé un peu de guano. C’est une bonne question. Puis-je vous répondre plus tard ?

Diapositive 23 : 1962 : projet Fishbowl, un missile Thor transporté à Johnston pour les essaisDiapositive 24 : 1962 : les premiers accidents de Thor provoquent une contamination au plutonium

L’essai du projet Fishbowl, en 1962, visait à découvrir ce qui se passe quand on fait exploser une arme nucléaire dans l’espace. Les planificateurs de la défense américaine craignaient à l’époque que des satellites soviétiques ne transportent une bombe nucléaire en orbite et ne puissent la larguer à volonté sur les ICBM aux États-Unis ou, à Dieu ne plaise, bien sûr, sur des villes américaines. Ces premiers essais infructueux n’étaient rien, cependant, comparés à la spectaculaire explosion nucléaire qui fut bientôt déclenchée dans la haute atmosphère.

Diapositive 25 : Essai Thor de 1962 en haute atmosphère : une ogive de 1,4 mégatonne explose à 390 kilomètres au-dessus de l’atollDiapositive 26 : 1962 : essai en haute atmosphère à Johnston, dégâts de l’impulsion électromagnétique et rayonnement

La première chose que l’explosion a produite, c’est une saisissante aurore boréale artificielle, visible de la Nouvelle-Zélande jusqu’à Hawaï, et qui a duré plusieurs minutes. Et personne n’avait prévu les effets stupéfiants de l’impulsion électromagnétique. L’une des conclusions a été que certains pays pourraient voir tout leur réseau électrique mis hors service par une seule explosion. L’effet du rayonnement sur la ceinture de Van Allen et sur les satellites n’avait pas été prévu du tout. L’année suivante, juste après la crise des missiles de Cuba, le traité nucléaire a vu le jour. Le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires a interdit les essais dans l’atmosphère, sous l’eau et dans l’espace.

Diapositive 27 : 1969 : escale à l’atoll JohnstonDiapositive 28 : Abri de missile au bord de la piste de JohnstonDiapositive 29 : Un missile Thor plus tardif à l’atoll Johnston

Six ans après la signature de ce traité, ce que je croyais être un vol direct d’Honolulu à Kwajalein s’est arrêté à l’atoll Johnston pour refaire le plein. Pendant que nous atterrissions, j’ai vu de chaque côté de la piste des abris comme celui-ci, et devant l’un d’eux on travaillait sur un missile Thor. J’ai appris plus tard, en lisant un jour le New York Times, que les missiles Thor faisaient partie d’un système secret d’armes antisatellites autorisé par le président Johnson, capable en effet d’abattre tout satellite soviétique transportant des bombes nucléaires.

Éliminé avec la plus extrême rigueur ▶ 19:19

Diapositive 30 : Panneau d’avertissement : poissons et coquillages contaminésDiapositive 31 : Agent orange, sarin et gaz neurotoxique VX apportés à Johnston pour destructionDiapositive 32 : 1990-2001 : destruction d’armes non nucléaires à Johnston

Dans les années 1990, une fois terminée la montée en puissance de l’époque du Vietnam et après que l’Initiative de défense stratégique de Reagan eut contribué à mettre définitivement l’URSS en faillite, d’immenses stocks d’armes chimiques vieillissantes commençaient à fuir, ce qui était un gros problème. Elles devenaient instables. Où allait-on régler cela ? Eh bien, quelle bonne idée : l’atoll Johnston, bien sûr. La nouvelle mission de Johnston est devenue la destruction des armes non nucléaires les plus mortelles de l’arsenal américain. Il a fallu plus de dix ans, mais voici le four qui a fait le travail.

Diapositive 33 : 2004 : l’atoll Johnston, un coup on le voit, un coup on ne le voit plusDiapositive 34 : Le propriétaire de Johnston est désormais le U.S. Fish and Wildlife ServiceDiapositive 35 : Une future destination du tourisme de guerre froide ?

À son apogée, plus de 1 200 militaires et employés de sous-traitants militaires vivaient à Johnston. Quand les armes toxiques ont disparu, tous les logements et toutes les autres infrastructures ont été détruits. Johnston n’a pas simplement été désaffecté il y a une quinzaine d’années. Il a été éliminé avec la plus extrême rigueur. Personnellement, je doute que Johnston devienne un jour la Mecque animée du tourisme de guerre froide qu’est devenue Nekoma. C’est encore plus isolé. L’atoll n’a été découvert que trois siècles après Christophe Colomb, et seulement parce qu’un navire en route pour ailleurs s’y est échoué.

Pendant la majeure partie de son histoire, il a été rempli de fientes d’oiseaux, de débris de plutonium et d’armes chimiques. Il est délabré et laissé à l’abandon depuis des années. Il n’abrite pratiquement aucune faune notable ; le plus grand de ses « cinq grands » est un crabe de cocotier. Il regorge de poissons, mais vous pourriez mourir si vous en mangiez. Et n’oublions pas que son précédent locataire a échoué en tentant de le vendre. Bien sûr, côté positif, si l’on veut voir les choses ainsi, ce fut jadis le lieu du premier et unique lever de soleil artificiel qu’ait connu l’humanité.

Kwajalein : des missiles dans le lagon ▶ 21:19

Diapositive 36 : L’île de Kwajalein vue du cielDiapositive 37 : 1969 : les questions de contre-espionnage à Kwajalein

L’atoll de Kwajalein. Voici l’île de Kwajalein, la plus grande des 90 îlots coralliens qui entourent le plus grand lagon du monde. C’est l’île la plus au sud, avec un peu plus de deux kilomètres carrés et demi. On y trouve des fonctions de recherche et de systèmes d’armes, de même que sur l’île voisine de Meck et, au nord, sur les îles de Roi-Namur. Il y avait à l’époque des menaces locales d’espionnage. Le problème des émanations des ordinateurs était une question de sécurité qui ne se limitait pas à Kwajalein et à laquelle il fallait aussi réfléchir sur le continent. Et, bien sûr, on s’en occupe couramment aujourd’hui.

Diapositive 38 : Le terminus ouest du champ de tir de missiles du Pacifique

En 1969, un missile Minuteman, notre ICBM de l’époque, était retiré au hasard de son silo avec son équipage. On les transportait par camion à la base aérienne de Vandenberg, près de San Francisco. On retirait l’ogive et on la remplaçait par un ensemble d’instruments. Le missile était programmé pour atteindre un point au milieu du lagon de Kwajalein, et lorsque le véhicule de rentrée y tombait, l’impact dans l’eau était localisé avec précision par les radars et les optiques disposés autour de l’atoll.

Le but de tout cela était de voir à quel point le missile était précis. Et si l’on voulait connaître sa précision, c’était pour savoir quelles chances on avait de détruire un silo soviétique renforcé avec un seul ICBM. Bien sûr, quand on répond à cette question, on a aussi une idée de la façon dont l’adversaire s’en sortira un jour pour détruire vos propres silos renforcés.

Diapositive 39 : L’île de Kwajalein et son aérodromeDiapositive 40 : Radars au bord de la piste de Kwajalein

En arrivant pour l’atterrissage, je voyais là, au premier plan, l’aérogare de Kwajalein. Avec si peu de terrain disponible, de multiples radars parsemaient le terrain de golf tronqué qui jouxte, comme vous le voyez ici, la piste. Plus tard, lors d’une partie de golf avec mon accompagnateur, des sirènes et des klaxons se sont déclenchés de façon tout à fait inattendue. On m’a dit que je devais quitter le parcours immédiatement et me mettre à l’abri. Après m’être brièvement demandé s’il valait mieux me salir avant ou après m’être mis à l’abri, j’ai tout simplement décampé. Je n’ai jamais su exactement si ces radars du terrain de golf allaient vous griller, ou si un essai de missile raté risquait de vous faire tomber des débris sur la tête.

Sous couverture à Kwajalein et à Meck ▶ 23:54

Diapositive 41 : Aérogare du champ de tir de Kwajalein, aérodrome militaire Bucholz

L’aérogare était particulièrement animée aux heures de pointe, car les avions de navette y emmenaient les travailleurs de jour à Meck et à Roi-Namur et les ramenaient le soir. J’avais voyagé jusqu’à Kwajalein avec de faux papiers, en qualité de civil du département de l’Armée. Il s’agissait d’éviter que mon modeste grade de simple soldat ne gêne mes entretiens et mes conversations avec des militaires plus gradés, des scientifiques du MIT, des ingénieurs en logiciel et d’autres experts.

Diapositive 42 : Quartier des officiers célibataires

Pour mon séjour d’une semaine, j’ai été surclassé au quartier des officiers célibataires. Et vous remarquerez que ma vue sur l’océan, par ailleurs magnifique, haut de gamme et surclassée, était quelque peu obstruée par du papier d’aluminium. Je n’ai jamais su si ce papier était là pour arrêter le soleil ou pour me protéger de ces faisceaux radar qu’il y avait partout. J’avais prévu de mener rapidement mes entretiens puis de regagner Honolulu, mais il n’en fut rien. Une délégation du Congrès venait d’arriver, une délégation de collaborateurs, pour enquêter sur l’échec récent d’un essai de missile et en évaluer les conséquences.

Diapositive 43 : Une piscine solitaire et la vie de salon au Yokwe Yuk ClubDiapositive 44 : Le radar du site de missiles de l’île de Meck vu du port de KwajaleinDiapositive 45 : Vol de navette vers les îles de Meck et de Roi-Namur

Alors mon accompagnateur, qui se trouvait être l’officier chargé des loisirs de la base, m’a emmené à la piscine déserte, et j’y ai passé mes journées à boire de la bière. Si cela avait existé à l’époque, j’aurais pris des selfies au lieu de me parler à moi-même. C’était vraiment la solitude. Le soir, je pouvais aller dans l’arène peu reluisante, peu fréquentée et fortement alcoolisée du Yokwe Yuk Club. Le nom de ce club, en marshallais, se traduit à peu près par « Aloha ». Pendant cette période d’attente, je pouvais voir, depuis le port de Kwajalein, la première de mes destinations, le radar du site de missiles sur l’île voisine de Meck. Puis, quand les collaborateurs du Congrès sont partis, ce fut aloha pour moi aussi, et j’ai pris l’un des avions de navette pour aller mener mes entretiens.

Diapositive 46 : Radar expérimental désaffecté à Kwajalein

Quand ce radar expérimental n’a pas donné les résultats attendus, il a été mis hors service et reconverti en ce qui est sans aucun doute le practice de golf le plus cher où l’on ira jamais. Mon accompagnateur a essayé de me faire entrer à l’intérieur. Il m’a dit qu’il n’y avait aucun danger. Il a dit qu’il avait été débranché et que personne n’avait le droit de le rallumer. Mais franchement, il n’en était pas question pour moi. Qui a envie d’aller dans une île paradisiaque pour courir de nouveau le risque d’être grillé par des faisceaux radar égarés ?

Diapositive 47 : Radar du site de missiles de l’île de Meck

Voici une photo du chantier du site de missiles sur Meck. Le radar exige, comme vous l’imaginez, une énorme capacité de calcul, laquelle se trouve tout entière dans cette structure carrée située sous le radar lui-même. Pendant qu’on me faisait visiter la salle informatique, son responsable m’a dit fièrement qu’il y avait dans cette pièce plus de puissance de calcul qu’il n’en existait sur la planète au milieu des années 1950. Et, pour ce que j’en sais, il disait peut-être vrai.

Les radars de Roi-Namur ▶ 27:19

Diapositive 48 : Radars de Roi-Namur : Kiernan Reentry Measurements SystemDiapositive 49 : Seconde Guerre mondiale : souvenirs de 1944Diapositive 50 : Radar TRADEX

Ces radars de Roi-Namur sont connus sous le nom de Kiernan Reentry Measurement System. Avant mes entretiens là-bas, on m’a emmené dans un cimetière honorant les morts japonais de la guerre. Les Marines ont débarqué à Roi-Namur en janvier 1944 et ont pris l’atoll tout entier deux semaines plus tard. Vous voyez le plongeur, en bas à droite, qui regarde l’une des épaves du lagon. Le Target Resolution and Discrimination Experiment, ou TRADEX, est devenu opérationnel en 1962, année où les scientifiques du Lincoln Laboratory du MIT sont arrivés pour travailler et vivre à Kwajalein.

Des améliorations lui ont ensuite permis de rejoindre le réseau américain de surveillance de l’espace et de suivre aussi les lancements de missiles étrangers ainsi que les satellites en orbite basse et dans l’espace lointain. Je vous expliquerais bien comment fonctionnent ce radar et les autres, et ce n’est pas seulement parce que c’est classifié que je ne vais pas le faire. C’est parce que je n’ai jamais eu la moindre idée de leur fonctionnement.

Diapositive 51 : Radar ALTAIR : 1969 et modernisation des années 1990

À gauche, une photo que j’ai prise de l’ARPA Long-Range Tracking and Instrumentation Radar. Il a été conçu pour montrer comment les ICBM américains apparaîtraient aux missiles antibalistiques soviétiques. À droite, une image plus récente du même radar, modernisé pour le réseau de surveillance de l’espace, là encore par le MIT.

Diapositive 52 : Les radars de Roi-Namur aujourd’hui : radar à ondes millimétriques et ALCORDiapositive 53 : Personnel de contrôle du Lincoln Laboratory du MIT pendant un essai

Le radar de gauche est capable de produire des images à haute résolution de satellites proches de la Terre. Et à droite, l’ARPA-Lincoln C-band Observables Radar a été construit dans le but d’améliorer la discrimination des véhicules de rentrée. Or, pour qu’un radar de défense antimissile fonctionne correctement, il doit pouvoir distinguer l’ogive qui rentre dans l’atmosphère des leurres conçus pour semer la confusion dans un radar défensif. C’est donc une fonction assez importante. Voici quelques membres du personnel du MIT au centre de commandement et de contrôle de ce qu’on appelle aujourd’hui le site d’essai Reagan.

Interceptions à mi-course et radars géants ▶ 29:33

Diapositive 54 : La chaîne d’interception de la défense antimissile à mi-courseDiapositive 55 : Système de défense antimissile balistique actuellement déployé

En 1969, la règle clé à suivre pour détruire un ICBM soviétique avec un missile basé au sol était : l’attraper à mi-course. Cette règle n’a vraiment pas changé à ce jour, où intercepter un missile nord-coréen à mi-course reste la méthode privilégiée. Ceci montre le rôle accru que jouent désormais les détecteurs embarqués en mer et dans l’espace dans la défense antimissile. À un moment donné, à l’avenir, des navires de la marine près du Japon auront peut-être l’occasion de détruire un ICBM nord-coréen en phase de propulsion.

Diapositive 56 : Radar d’acquisition périmétrique Cobra Dane, AlaskaDiapositive 57 : Radar d’acquisition périmétrique (PAR) du Dakota du Nord

Ce radar d’acquisition périmétrique Cobra Dane a un azimut de 136 degrés, ce qui le rend bien adapté, et aussi bien situé, pour suivre les questions nord-coréennes. Après la désactivation de 1976 dans le Dakota du Nord, un radar d’acquisition périmétrique modernisé a été construit sur ce qui est aujourd’hui la base aérienne de Cavalier. Ces radars scrutent toujours le ciel à la recherche d’ICBM, mais ils cartographient et suivent aussi tous les objets en orbite terrestre, en nombre immense aujourd’hui, des gants d’astronautes aux débris et autres. Ce radar-ci peut suivre plusieurs objets de la taille d’un ballon de basket à une distance de 3 200 kilomètres.

Diapositive 58 : Système de caractérisation des attaques PAR (PARCS)

Le radar de gauche est un radar d’acquisition périmétrique. Le système de caractérisation des attaques situé au Royaume-Uni, celui de droite, analyse plus de 20 000 trajectoires par jour, des satellites géants aux débris spatiaux. Les PARCS diffèrent des radars d’acquisition périmétrique en ce qu’ils peuvent prédire avec une extrême précision où se trouvera un objet donné à un moment donné.

Missiles sur rail et menaces hypersoniques ▶ 31:26

Diapositive 59 : Nouvelle version d’un vieux stratagème russe ? Les missiles montés sur rail

Bien que les États-Unis et les Soviétiques aient tous deux songé, pendant la guerre froide, à rendre leurs ICBM plus difficiles à atteindre en les faisant circuler à travers le pays sur des trains, seuls les Soviétiques l’ont fait. Leurs missiles sur trains ont été retirés du service en 2005. Notre administrateur Andrew Fox est récemment revenu du musée ferroviaire de Saint-Pétersbourg avec la photo que vous voyez en bas à gauche. Merci pour vos états de service auprès des Cliff Dwellers. Chose étonnante, les médias russes ont annoncé il y a trois ans qu’après des essais, l’ICBM actuellement basé en silo et sur camion, à droite, serait monté sur rail et déployé dans le courant de cette année. Eh bien, nous verrons. Si c’est vrai, cela me donne l’impression que la Russie répond à bon compte à un faux problème, pour avoir l’air de faire quelque chose.

Diapositive 60 : 2020 : de nouvelles menaces aux délais d’alerte plus courts

Dans une variante plus moderne de cette reprise des ICBM sur rail, la Russie a déclaré en décembre dernier que son nouvel ICBM hypersonique Avangard était opérationnel. Son véhicule de rentrée aurait l’avantage d’être très manœuvrable à l’approche de sa cible. Un rapport de la Defense Intelligence Agency de l’automne indique que les Chinois disposent d’un missile hypersonique volant à Mach 5.

De nouvelles menaces contre les satellites américains de GPS, de communications et de détection des lancements de missiles viennent des cyberattaques et du brouillage, ainsi que des armes cinétiques et des armes laser. Une société moderne comme la nôtre dépend de plus en plus des satellites pour son fonctionnement normal. Il n’est pas étonnant que l’on réfléchisse sérieusement au risque d’être aveuglé si vos satellites sont neutralisés.

La Space Force et le Space Command ▶ 33:20

Diapositive 61 : Missile Defense Agency : le système de défense antimissile balistique

Regardez donc ce vaste éventail de capteurs et de missiles antimissiles sur ce tableau de la Missile Defense Agency du département de la Défense. S’il reflète les défis du commandement et du contrôle, de la gestion du combat et des communications, il ne fait qu’effleurer la structure organisationnelle très complexe et très coûteuse qui sous-tend nos défenses contre les missiles et désormais nos défenses satellitaires. C’est vraiment cela qui a conduit à la grande restructuration des défenses spatiales qui nous a donné la Space Force et le Space Command.

Diapositive 62 : Sceau de la Space Force des États-Unis

Il y a un mois, vous avez peut-être vu le nouvel insigne de la Space Force. Les 16 000 aviateurs d’active et civils qui appartenaient à l’ancien Air Force Space Command font désormais partie de la Space Force. La Space Force et l’armée de l’air relèvent toutes deux du département de l’Air Force, tout comme les Marines et la marine relèvent du département de la Marine.

Diapositive 63 : Sceau du Space Command des États-Unis

Le Space Command est le commandement de combat pour le théâtre spatial. Il s’appuie sur deux organisations de terrain. La première compte 70 unités spatiales de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air, et elle veille à préserver l’intégrité des satellites de GPS, de navigation et de communications, non seulement pour nous, mais aussi pour les commandants alliés. La seconde exploite le National Space Defense Center, un centre classifié. C’est là que l’on examine les menaces potentielles et que l’on élabore des options pour le cas où des satellites seraient attaqués.

Le Space Command et les satellites espions ▶ 34:56

Diapositive 64 : Les 11 commandements de combat unifiés du département de la DéfenseDiapositive 65 : Cycle du renseignement du National Reconnaissance Office

Le Space Command américain a maintenant pris sa place comme le plus récent des 11 commandements de combat du département de la Défense. Le National Reconnaissance Office, organisme clandestin du département de la Défense, dirige la plupart des programmes satellitaires et aériens. Il contrôle les satellites qui observent et surveillent les points chauds du monde, suivent les fluctuations des arsenaux nucléaires et fournissent les informations nécessaires pour vérifier divers accords de maîtrise des armements. Et, si une guerre dans l’espace survient, le Space Command a la capacité d’ordonner ce qu’on appelle des opérations spatiales défensives.

En haut de la diapositive, vous verrez les mots SIGINT, IMINT et MASINT. Je connaissais les deux premiers, le renseignement d’origine électromagnétique et le renseignement par l’image. J’ai dû chercher MASINT. C’est l’acronyme de « measurement and signature intelligence », le renseignement de mesure et de signature. Et comment fonctionne le MASINT, me demanderez-vous ? Eh bien, je dois citer précisément. Il fait appel à « un vaste ensemble de disciplines, dont le nucléaire, l’optique, les radiofréquences, l’acoustique, la sismique et les sciences des matériaux ». Ouah. Je peux vous dire, en expert, que ce ne sera jamais le mot de l’année du Merriam-Webster.

Neuf puissances nucléaires, moins d’ogives ▶ 36:21

Diapositive 66 : Capteurs de défense antimissile dans l’espace et au solDiapositive 67 : Estimation des stocks mondiaux d’ogives nucléaires, par pays

Depuis le demi-siècle écoulé où j’ai passé du temps dans l’armée à travailler sur les questions de défense antimissile, nous sommes devenus, bien sûr, exponentiellement plus dépendants des satellites et d’autres capteurs dans tous les aspects de nos opérations militaires. Le paysage des États-nations disposant de stocks d’ogives nucléaires a lui aussi considérablement changé ces dernières décennies. Aujourd’hui, nous avons neuf puissances nucléaires, l’Iran attendant peut-être en coulisses d’être la dixième. Jusqu’ici, la complexité et le coût de l’acquisition d’armes nucléaires en ont fait un jeu réservé aux seuls États-nations. Tous ces États, bien sûr, ont un intérêt puissant à ce que cela reste ainsi.

Diapositive 68 : Estimation des stocks mondiaux d’ogives nucléaires, 1945-2019

Regardez maintenant le déclin spectaculaire des stocks d’armes nucléaires tactiques et stratégiques détenus par les États-Unis et la Russie. Nous en avions plus de 30 000, la Russie plus de 40 000. Et l’on peut regarder ce graphique autrement et se dire : voilà peut-être la courbe d’apprentissage mondiale de la vie avec la bombe. Si le glissement de la planification de guerre vers l’espace a des accents inquiétants, il est vrai aussi que, pendant cette période, les plus grandes puissances nucléaires se sont éloignées du bord du gouffre, à mesure qu’elles comprenaient et mesuraient mieux les dommages collatéraux qu’une compétition sans frein infligerait à leurs sociétés.

La guerre gagne l’orbite terrestre ▶ 37:54

Diapositive 69 : Diapositive de clôture : Un demi-siècle de défense contre les missiles balistiques et les satellites

Eh bien, voilà. Nous vivons désormais à une époque où le potentiel de guerre est passé de son lieu traditionnel, la surface de la Terre, à l’orbite terrestre. Et nul doute que dans cinquante ans il se sera peut-être déplacé vers la Lune, Mars et au-delà. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais en y réfléchissant j’y ai toujours trouvé quelque chose d’un autre monde. Mais il nous faut bien réfléchir à ce sujet. Même s’il n’a guère occupé la conscience publique ces dernières décennies, c’est quelque chose à quoi, bien sûr, en tant que citoyens et en tant qu’êtres humains, nous ne pouvons pas vraiment échapper.

Peu après Hiroshima, un chercheur de la RAND Corporation, Bernard Brodie, a écrit quelque chose qui s’est révélé, soixante-quinze ans plus tard, au cœur de l’équation nucléaire d’aujourd’hui, et qui l’a été depuis le début. Il a dit : « Tout ce qui concerne la bombe atomique est éclipsé par ce double fait : elle existe, et sa puissance destructrice est fantastiquement grande. » Et parce que tout ce domaine est si complexe, si dangereux, si coûteux et si inextricable, il semble que les générations futures, comme la nôtre, devront simplement continuer à se mesurer à la gravité de tout cela.

Un optimisme prudent et une première question ▶ 39:29

Ainsi, comme le montrent les derniers graphiques, au cours de cette période la plupart des nations qui auraient pu acquérir des armes nucléaires ont choisi de ne pas le faire, et les principales puissances nucléaires ont effectivement réduit le nombre de ces armes et la probabilité de leur emploi. Les puissances nucléaires les plus anciennes semblent avoir au moins en partie assimilé l’étrange inutilité des armes nucléaires. Et la question reste ouverte de savoir si les puissances nucléaires plus récentes ou naissantes jugeront elles aussi, de la même manière, la valeur limitée qu’il y a à acquérir quelque chose dont l’emploi est si restreint.

Personnellement, je suis optimiste : nous éviterons une catastrophe au cours des vingt-cinq prochaines années, à mesure que nous approcherons du centième anniversaire d’Hiroshima. Ma conviction est que le problème sera au moins moins dangereux et moins inextricable alors, en 2045, qu’il ne l’est aujourd’hui. Mais après tout, qu’est-ce que j’en sais ? Merci donc de votre attention. Bob ?

Membre du public : Un système défensif est-il réaliste, quand on entend dire que c’est comme tirer une balle sur une balle ?

Bill Bowe : C’est resté la question, en réalité, depuis Safeguard. La question est de savoir s’il est vraiment réaliste d’avoir une défense antimissile si l’on essaie d’atteindre une balle avec une balle. Et la réponse est que cela reste à l’étude. Il se trouve que je regardais la télévision ce matin. Vous voyez que je m’ennuyais beaucoup : je me suis arrêté sur C-SPAN. Et de quoi parlait-on ? Eh bien, notre secrétaire à la Défense était mis sur le gril par une commission de la Chambre, et l’une des choses dont ils parlaient était précisément celle-ci. Il existe une nouvelle génération de défense antimissile, qui semble plus vaste que tout ce qu’on a vu depuis Safeguard, avec un site sur la côte Est.

Ils sont sérieusement préoccupés, bien sûr, par l’Iran à présent. Ces planificateurs de guerre raisonnent généralement à 10, 20 ou 30 ans, parce que leurs systèmes d’armes ont une vie de cette longueur, très, très longue. Regardez les B-52 ; ils sont toujours là. La réponse est donc peut-être, mais ceux qui en ont la meilleure idée… tout cela serait classifié. Jusqu’à présent, toutefois, c’est resté trop incertain. Oui, Bob.

Questions : Star Wars, les coûts et un verre ▶ 42:15

Membre du public : J’avais un très bon ami qui était consultant d’assez haut niveau auprès du Pentagone pour les systèmes radar qui, dans les années 1980 et 1990, faisaient partie du système de la guerre des étoiles. Il m’a confié que, pendant ces deux décennies, les systèmes radar étaient un élément aussi essentiel que les missiles eux-mêmes pour tenter d’abattre les missiles russes en approche, et que les radars n’en étaient pas capables. Mais c’est une situation différente de celle dont la plupart des gens parlent aujourd’hui, quand il s’agit d’un ou deux missiles tirés par les Nord-Coréens ou les Iraniens.

Bill Bowe : Absolument. Et l’un des problèmes que vous évoquez là, c’est qu’il était moins coûteux pour les pays de consacrer leur argent à l’offensive que d’essayer de bâtir une défense. L’offensive a eu la plupart du temps un avantage décisif. L’autre aspect de la guerre des étoiles, c’est qu’elle reposait sur l’idée d’Edward Teller. À la fin de sa carrière, il dirigeait le laboratoire de Livermore, sur la côte Ouest. Ils avaient des lasers qui, comme je l’ai lu récemment, n’étaient tout simplement pas à la hauteur de la tâche. Construire un laser assez puissant pour traiter de multiples objets en approche sur d’énormes distances dans l’espace, c’était tout simplement un pont trop loin.

Il y avait donc des limites technologiques, et aussi cette idée : on regarde et on constate qu’avec la destruction mutuelle assurée, nous sommes restés à l’écart de la destruction. Voulez-vous vraiment déséquilibrer ce qui semble avoir fonctionné, d’une étrange façon ? Un système défensif pourrait faire croire à l’autre camp que vous pourriez parer une première frappe et lui déverser quand même votre arsenal.

Et puis il y a l’autre grand problème, bien sûr : l’autre camp qui détruit vos ICBM. Il y a toujours eu une solution à cela, dès le début. Vous les voyez arriver sur le radar. Nous avons tous vu le film. Vous les voyez arriver. Eh bien, c’est simple : plutôt que de voir vos ICBM détruits, vous lancez les vôtres avant qu’ils ne soient touchés. Mais aucun planificateur de guerre rationnel n’a jamais voulu laisser au président des États-Unis ce genre de choix à faire en 10 ou 15 minutes. Oui, Larry.

Membre du public : Combien coûte tout ça ?

Bill Bowe : Eh bien, je crois que vous avez vu la diapositive, qui est en dollars des années 1970, à peu près. Je crois que le système Safeguard représentait environ 25 milliards de dollars, et il n’a jamais vraiment été déployé. Il y avait deux sites d’essai qui ont peut-être fonctionné, ou pas, mais on a vite constaté qu’ils pouvaient être limités par traité, et ils auraient de toute façon été submergés.

Membre du public : À un moment, l’une de vos diapositives indiquait que nous avions 6 500 ogives nucléaires. Combien coûterait l’une d’elles ?

Bill Bowe : Je ne sais pas, mais elles sont peut-être en stockage. C’est un jeu de chiffres assez compliqué. Combien y a-t-il d’ogives ? Eh bien, il y a celles qui s’entassent en attendant leur désactivation conformément aux accords de maîtrise des armements, et puis il y a celles qui sont en réserve. Et puis il y a celles qui sont montées au bout d’un missile et prêtes à partir à l’instant. Alors pourquoi ne pas nous arrêter là, prendre un verre et parler de quelque chose de plus amusant ?