{"id":34067,"date":"2026-08-08T22:51:42","date_gmt":"2026-08-08T22:51:42","guid":{"rendered":"https:\/\/wbowe.com\/chicago-digital-age-era-1951-2000\/"},"modified":"2026-08-09T00:41:37","modified_gmt":"2026-08-09T00:41:37","slug":"chicago-ere-numerique-1951-2000","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wbowe.com\/fr\/chicago-ere-numerique-1951-2000\/","title":{"rendered":"Chicago \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique, 1951-2000 | L&rsquo;histoire d&rsquo;un Cliff Dweller"},"content":{"rendered":"<h1>Chapitre 5 : Chicago \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique, 1951\u20132000<\/h1>\n<figure style=\"margin:6px auto 18px;max-width:420px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1954-2021050373_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1954-2021050373_nc.jpg\" alt=\"La silhouette du Loop en construction, 1954\" style=\"max-width:100%;max-height:280px;width:auto;height:auto;display:block;margin:0 auto;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 10px rgba(0,0,0,0.3);\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">Vue depuis l&rsquo;Auditorium Building vers le Prudential Building en construction, 1954.<\/figcaption><\/figure>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub1\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Une ville refa\u00e7onn\u00e9e<\/h3>\n<p>En 1951, Chicago avait encore l&rsquo;apparence et l&rsquo;atmosph\u00e8re de la capitale industrielle qu&rsquo;elle \u00e9tait depuis un si\u00e8cle : une ville d&rsquo;abattoirs et d&rsquo;aci\u00e9ries, de \u00ab two-flats \u00bb et de lignes de tramway, dont la silhouette urbaine se distinguait davantage par la fum\u00e9e des usines que par des tours de verre. En 2000, presque rien de cette description ne tenait plus. Au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Chicago perdit plus d&rsquo;un million d&rsquo;habitants dans ses limites municipales, vit son industrie manufacturi\u00e8re s&rsquo;effondrer, connut certains des conflits raciaux les plus \u00e2pres du Nord urbain, et fut gouvern\u00e9e pendant trente-cinq de ces cinquante ann\u00e9es par deux hommes qui partageaient le m\u00eame nom de famille et un m\u00eame talent pour concentrer le pouvoir. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de la fa\u00e7on dont Chicago devint une ville moderne \u2014 non pas en douceur, mais par la d\u00e9molition, la migration, les \u00e9meutes et la r\u00e9invention.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub2\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">L&rsquo;attrait des banlieues<\/h3>\n<figure style=\"margin:6px auto 14px;max-width:380px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1958-2025112003_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1958-2025112003_nc.jpg\" alt=\"Le Kennedy Expressway en construction, 1958\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 8px rgba(0,0,0,0.28);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">Le Kennedy Expressway \u00e0 Jackson Boulevard, en construction, 1958.<\/figcaption><\/figure>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1955-2025060921_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1955-2025060921_nc.jpg\" alt=\"L'Eisenhower Expressway, 1955\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Le Congress Expressway (rebaptis\u00e9 plus tard Eisenhower Expressway), vu \u00e0 l&rsquo;ouest de l&rsquo;ancien bureau de poste principal, 1955.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le moteur de ce changement tenait, en partie, \u00e0 une simple question de g\u00e9ographie. La politique f\u00e9d\u00e9rale du logement de l&rsquo;apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale \u2014 des pr\u00eats hypoth\u00e9caires bon march\u00e9 garantis par la Federal Housing Administration et le GI Bill \u2014 rendit les maisons individuelles de banlieue accessibles \u00e0 des millions de v\u00e9t\u00e9rans revenant du front et \u00e0 leurs familles, d&rsquo;une mani\u00e8re que les appartements urbains ne pouvaient \u00e9galer. Le Federal-Aid Highway Act de 1956 b\u00e2tit ensuite l&rsquo;infrastructure mat\u00e9rielle de cette dispersion, finan\u00e7ant des voies express comme l&rsquo;Eisenhower, la Dan Ryan et la Kennedy, qui permettaient aux navetteurs de relier les nouveaux lotissements de banlieue aux emplois du centre-ville en une fraction du temps qu&rsquo;exigeait l&rsquo;ancien r\u00e9seau ferroviaire et de tramways. Les banlieues du comt\u00e9 de Cook, et les comt\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques au-del\u00e0, absorb\u00e8rent des centaines de milliers de familles et, de plus en plus, les usines et les commerces qui avaient autrefois ancr\u00e9 les quartiers de la ville. La population de Chicago atteignit son sommet \u00e0 3,6 millions d&rsquo;habitants en 1950, avant d&rsquo;entamer un d\u00e9clin qui ne s&rsquo;inverserait pas avant les ann\u00e9es 1990. Ceux qui partaient \u00e9taient de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e blancs et issus de la classe moyenne ; les autoroutes qui permirent leur d\u00e9part furent souvent trac\u00e9es directement \u00e0 travers des quartiers noirs et immigr\u00e9s, d\u00e9pla\u00e7ant des habitants et brisant des communaut\u00e9s qui existaient depuis des g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub3\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Daley et la Machine<\/h3>\n<figure style=\"float:left;margin:4px 16px 12px 0;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1960-2025111914_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1960-2025111914_nc.jpg\" alt=\"Le maire Richard J. Daley se rendant \u00e0 pied \u00e0 l'H\u00f4tel de Ville, 1960\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Le maire Richard J. Daley se rendant \u00e0 pied \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de Ville, \u00e0 l&rsquo;angle des rues Clark et Randolph, 1960.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C&rsquo;est dans ce paysage transform\u00e9 qu&rsquo;entra en sc\u00e8ne Richard J. Daley, \u00e9lu maire en 1955 et r\u00e9\u00e9lu cinq fois jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en fonction en 1976. Daley fut le dernier grand \u00ab boss \u00bb de l&rsquo;ancienne machine politique urbaine, une organisation du Parti d\u00e9mocrate reposant sur des chefs de circonscription, des emplois de client\u00e9lisme, et une op\u00e9ration de mobilisation \u00e9lectorale quartier par quartier capable de garantir les votes le jour du scrutin. En tant que maire et, simultan\u00e9ment, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 central d\u00e9mocrate du comt\u00e9 de Cook, Daley fusionna l&rsquo;H\u00f4tel de Ville et l&rsquo;appareil du parti en un instrument unique, contr\u00f4lant nominations, contrats et d\u00e9cisions de zonage avec une rigueur que peu de maires am\u00e9ricains, avant ou depuis, ont \u00e9gal\u00e9e. Son pouvoir d\u00e9passait les fronti\u00e8res de Chicago : la capacit\u00e9 de la Machine \u00e0 produire des marges d\u00e9mocrates \u00e9crasantes dans la ville faisait de l&rsquo;Illinois un \u00c9tat pivot dans les \u00e9lections nationales, notamment lors de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle contest\u00e9e de 1960 opposant John F. Kennedy \u00e0 Richard Nixon, o\u00f9 le d\u00e9compte des voix de Chicago suscita des accusations de fraude qui perdurent encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1958-2024123097_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1958-2024123097_nc.jpg\" alt=\"Les tours d'habitation de Cabrini-Green, 1958\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Tours d&rsquo;habitation de Cabrini-Green, \u00e0 l&rsquo;angle des rues Division et Larrabee, 1958.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le Chicago de Daley fut aussi une ville de constructions immenses et spectaculaires. Il soutint l&rsquo;expansion de l&rsquo;a\u00e9roport international O&rsquo;Hare, qui devint l&rsquo;a\u00e9roport le plus fr\u00e9quent\u00e9 du monde, fit construire le campus Circle de l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois \u00e0 Chicago, et \u00e9tendit le r\u00e9seau de voies express \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la ville. Mais son grand programme int\u00e9rieur embl\u00e9matique fut la r\u00e9novation urbaine, dont le produit le plus lourd de cons\u00e9quences fut le logement social en tours. La Chicago Housing Authority, sous la pression de Daley et de conseillers municipaux d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 \u00e9carter le logement social des quartiers blancs, concentra les nouveaux ensembles presque exclusivement dans les quartiers noirs d\u00e9j\u00e0 existants du South Side et du West Side. Il en r\u00e9sulta notamment les Robert Taylor Homes, achev\u00e9s en 1962 et alors le plus vaste projet de logement social du pays, ainsi que le complexe de Cabrini-Green, dans le Near North Side, agrandi tout au long des ann\u00e9es 1950 et 1960. Con\u00e7ues comme un moyen d&rsquo;\u00e9liminer les taudis et d&rsquo;offrir un logement moderne, ces tours concentr\u00e8rent au contraire la pauvret\u00e9 \u00e0 une \u00e9chelle et une densit\u00e9 telles qu&rsquo;elles produisirent, dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, certaines des communaut\u00e9s les plus en difficult\u00e9 et les plus d\u00e9sinvesties de l&rsquo;Am\u00e9rique urbaine, en proie \u00e0 l&rsquo;entretien n\u00e9glig\u00e9, \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 des gangs, et \u00e0 l&rsquo;isolement par rapport \u00e0 la vie \u00e9conomique de la ville.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub4\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Le mouvement de pr\u00e9servation riposte<\/h3>\n<p>Alors m\u00eame que les bulldozers de Daley rasaient des p\u00e2t\u00e9s de maisons entiers pour le logement social et les voies express, un mouvement contraire se dessinait pour sauver ce qu&rsquo;il restait du Chicago du XIXe si\u00e8cle. En 1966, l&rsquo;architecte Wilbert R. Hasbrouck contribua \u00e0 fonder la Chicago School of Architecture Foundation dans le but pr\u00e9cis d&rsquo;acheter et de pr\u00e9server la Glessner House, menac\u00e9e, d&rsquo;Henry Hobson Richardson, assurant la pr\u00e9sidence de la jeune fondation durant ses quatre premi\u00e8res ann\u00e9es ; il fonda et dirigea ensuite la Prairie School Review de 1964 \u00e0 1981, premi\u00e8re revue savante consacr\u00e9e \u00e0 Frank Lloyd Wright et \u00e0 ses contemporains de la Prairie School, tout en restaurant lui-m\u00eame des b\u00e2timents historiques tels que la Dana-Thomas House de Wright et la Peoples Savings Bank de Louis Sullivan, avant de devenir \u00e0 son tour pr\u00e9sident des Cliff Dwellers. Son fils, Charles R. Hasbrouck, porta la fibre architecturale familiale sur la sc\u00e8ne mondiale, passant l&rsquo;essentiel de sa longue carri\u00e8re chez Skidmore, Owings &amp; Merrill sur des projets de grande envergure allant d&rsquo;Oman \u00e0 l&rsquo;Inde, avant de diriger l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;architecte-conseil derri\u00e8re le St. Regis Chicago de Jeanne Gang, la troisi\u00e8me plus haute tour de la ville, puis d&rsquo;occuper \u00e0 son tour la fonction que son p\u00e8re avait autrefois exerc\u00e9e au sein du club. Une g\u00e9n\u00e9ration plus jeune d&rsquo;architectes vou\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9servation, parmi lesquels Walker Johnson \u2014 form\u00e9 chez Holabird &amp; Root avant de cofonder Johnson Lasky Architects en 1992, puis pr\u00e9sident des Cliff Dwellers pour un mandat \u2014, perp\u00e9tua cette m\u00eame \u00e9thique de sauvetage et de restauration jusque dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle ; son propre fils, Ben Johnson, lui aussi futur pr\u00e9sident du club, contribua ensuite \u00e0 fa\u00e7onner les plus hauts gratte-ciel du monde chez Adrian Smith + Gordon Gill Architecture, notamment la Jeddah Tower, toujours en construction, en Arabie saoudite \u2014 formant, apr\u00e8s les Hasbrouck, le second duo p\u00e8re-fils des Cliff Dwellers \u00e0 avoir pr\u00e9sid\u00e9 le club.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub5\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Les Chicago Seven d\u00e9fient les mi\u00e9siens<\/h3>\n<p>Une r\u00e9bellion parall\u00e8le couvait au sein m\u00eame de la profession. En 1976, invit\u00e9 par son ami Stanley Tigerman, l&rsquo;architecte Laurence Booth rejoignit Stuart Cohen et Ben Weese \u2014 bient\u00f4t suivis de James Ingo Freed, Thomas Beeby et James L. Nagle \u2014 pour former les Chicago Seven, une confr\u00e9rie de jeunes architectes qui s&rsquo;insurgeaient contre la r\u00e9v\u00e9rence institutionnalis\u00e9e de la ville envers Ludwig Mies van der Rohe. Lorsque le Museum of Contemporary Art monta une exposition itin\u00e9rante racontant l&rsquo;histoire architecturale de Chicago presque exclusivement \u00e0 travers le cercle de Mies, le groupe organisa en r\u00e9plique sa propre contre-exposition, bien cibl\u00e9e, et, \u00e0 travers d&rsquo;autres expositions et \u00e9crits, plaida pour une histoire plus large et plus g\u00e9n\u00e9reuse, faisant une place \u00e0 des figures trop peu reconnues comme Daniel Burnham, John Root et Bruce Goff.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub6\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">La bande d&rsquo;O&rsquo;Hare : le dernier chapitre de l&rsquo;annexion<\/h3>\n<figure style=\"margin:6px auto 14px;max-width:380px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1956-2025101608_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1956-2025101608_nc.jpg\" alt=\"L'a\u00e9roport international O'Hare, 1956\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 8px rgba(0,0,0,0.28);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">Le b\u00e2timent de l&rsquo;a\u00e9rogare et le parking de l&rsquo;a\u00e9roport international O&rsquo;Hare, 1956.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les ambitions de Daley pour O&rsquo;Hare mirent au jour un probl\u00e8me singulier : l&rsquo;a\u00e9roport, encore appel\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque Orchard Field, du nom de la petite usine a\u00e9ronautique de temps de guerre qui avait occup\u00e9 le site, se trouvait enti\u00e8rement en dehors des limites municipales de Chicago, \u00e0 seize kilom\u00e8tres au nord-ouest du Loop. En 1956, la ville annexa un corridor \u00e9troit, large d&rsquo;environ quatre cents m\u00e8tres, courant le long de Foster Avenue et de Higgins Road jusqu&rsquo;au terrain de l&rsquo;a\u00e9roport, cousant ainsi une mince bande de territoire chicagoan \u00e0 travers le comt\u00e9 de Cook non incorpor\u00e9, afin qu&rsquo;O&rsquo;Hare se trouve, aussi maladroitement que cela paraisse sur une carte, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la ville et sous son autorit\u00e9 fiscale et r\u00e9glementaire. Cette \u00ab bande d&rsquo;O&rsquo;Hare \u00bb, comme on en vint \u00e0 l&rsquo;appeler, fut l&rsquo;une des derni\u00e8res annexions d&rsquo;importance jamais men\u00e9es \u00e0 bien par Chicago, cl\u00f4turant un sch\u00e9ma bien plus ancien de croissance territoriale qui avait culmin\u00e9, des d\u00e9cennies plus t\u00f4t, dans le vaste vote de 1889 ayant rattach\u00e9 d&rsquo;un seul coup \u00e0 la ville les cantons de Hyde Park, Lake View, Jefferson et Lake, ajoutant quelque 125 milles carr\u00e9s et 225 000 habitants et quadruplant \u00e0 peu pr\u00e8s la superficie de Chicago. Apr\u00e8s la bande d&rsquo;O&rsquo;Hare, les limites de Chicago se stabilis\u00e8rent essentiellement dans leur forme actuelle, et l&rsquo;a\u00e9roport ainsi s\u00e9curis\u00e9 devint, gr\u00e2ce \u00e0 un investissement municipal soutenu tout au long des ann\u00e9es 1950 et 1960, pendant un temps le plus fr\u00e9quent\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>Les ambitions croissantes de l&rsquo;a\u00e9roport trouv\u00e8rent en 1963 une expression architecturale audacieuse \u00e0 leur mesure, lorsque l&rsquo;architecte Gertrude Lempp Kerbis \u2014 l&rsquo;une des premi\u00e8res femmes \u00e0 atteindre les plus hauts rangs du monde du design moderniste chicagoan \u2014 acheva le Rotunda Building circulaire d&rsquo;O&rsquo;Hare, dont le plafond haut de 190 pieds (58 m\u00e8tres) \u00e9tait suspendu \u00e0 pr\u00e8s d&rsquo;un mile de solides c\u00e2bles de pont, con\u00e7u pour abriter le restaurant Seven Continents, symbole de l&rsquo;\u00e8re du jet.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub7\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">La quatri\u00e8me fa\u00e7ade maritime qui ne fut jamais : la voie maritime du Saint-Laurent<\/h3>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1959-1959090006_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1959-1959090006_nc.jpg\" alt=\"C\u00e9r\u00e9monies d'inauguration de la voie maritime du Saint-Laurent \u00e0 Navy Pier, 1959\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">C\u00e9r\u00e9monies d&rsquo;inauguration de la voie maritime du Saint-Laurent \u00e0 Navy Pier, 1959.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les ambitions de Chicago de devenir non seulement un carrefour ferroviaire continental mais un v\u00e9ritable port oc\u00e9anique culmin\u00e8rent en 1959, lorsque la voie maritime du Saint-Laurent fut officiellement inaugur\u00e9e, son ruban c\u00e9r\u00e9moniel coup\u00e9 conjointement par la reine Elizabeth II et le pr\u00e9sident Dwight D. Eisenhower. Planifi\u00e9e pendant des d\u00e9cennies et construite conjointement par les \u00c9tats-Unis et le Canada, la voie maritime associait une s\u00e9rie de nouvelles \u00e9cluses et de nouveaux canaux le long du fleuve Saint-Laurent au canal Welland existant, contournant les chutes du Niagara, offrant enfin aux cargos oc\u00e9aniques une route continue \u00e0 fort tirant d&rsquo;eau depuis l&rsquo;Atlantique jusqu&rsquo;au lac Michigan. Des promoteurs enthousiastes \u00e0 Chicago, Cleveland, Toronto, Detroit et Milwaukee pr\u00e9sentaient le projet comme cr\u00e9ant une v\u00e9ritable \u00ab quatri\u00e8me fa\u00e7ade maritime \u00bb pour le Midwest industriel, qui permettrait aux fabricants et aux exp\u00e9diteurs de c\u00e9r\u00e9ales, enclav\u00e9s, de charger directement leur cargaison \u00e0 destination de Rotterdam ou de Liverpool, sans le co\u00fbt et les d\u00e9lais suppl\u00e9mentaires d&rsquo;un acheminement pr\u00e9alable par camion ou par rail jusqu&rsquo;\u00e0 New York ou La Nouvelle-Orl\u00e9ans ; la d\u00e9couverte de nouveaux gisements de minerai de fer au Qu\u00e9bec et au Labrador, dont les aci\u00e9ries du Midwest avaient grand besoin, ne fit qu&rsquo;accentuer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cet investissement. Chicago construisit une installation portuaire municipale sur la rivi\u00e8re Calumet sp\u00e9cifiquement pour capter ce commerce oc\u00e9anique attendu, et pendant quelques ann\u00e9es, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le tonnage international transitant par les Grands Lacs grimpa effectivement vers les niveaux que les planificateurs avaient projet\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;essor ne dura pas. Les \u00e9cluses de la voie maritime elle-m\u00eame, dimensionn\u00e9es sur le mod\u00e8le de l&rsquo;ancien et plus modeste canal Welland plut\u00f4t que sur celui du plus vaste canal de Panama, ne permettaient le passage que de navires ne d\u00e9passant pas environ deux cent vingt m\u00e8tres \u2014 une limite qui paraissait g\u00e9n\u00e9reuse en 1959, mais qui laissa la voie maritime incapable d&rsquo;accueillir les navires bien plus grands qui en vinrent \u00e0 dominer le transport maritime international en l&rsquo;espace d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration. Dans le m\u00eame temps, l&rsquo;essor du fret conteneuris\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970 favorisa les ports capables de traiter d&rsquo;\u00e9normes porte-conteneurs sp\u00e9cialis\u00e9s et de transf\u00e9rer rapidement les bo\u00eetes vers les r\u00e9seaux ferroviaires et routiers, un mod\u00e8le qui avantageait les ports c\u00f4tiers comme New York et La Nouvelle-Orl\u00e9ans par rapport \u00e0 une route int\u00e9rieure saisonni\u00e8re, prise par les glaces et ferm\u00e9e chaque hiver. Le propre terminal \u00e0 conteneurs de Chicago, \u00e0 Lake Calumet, ouvert avec de grands espoirs, vit son trafic d\u00e9cliner \u00e0 mesure que les navires trop grands pour les \u00e9cluses de la voie maritime contournaient purement et simplement les Grands Lacs, d\u00e9chargeant plut\u00f4t dans des ports c\u00f4tiers pour un acheminement ult\u00e9rieur par rail. Dans les ann\u00e9es 1990, le fret international transitant par les Grands Lacs \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e0 une fraction de son sommet du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, et la voie maritime qui avait promis de faire de Chicago un port mondial apparaissait plut\u00f4t, r\u00e9trospectivement, comme un monument co\u00fbteux et sous-utilis\u00e9 \u00e0 une \u00e9conomie du transport maritime qui avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 changer au moment m\u00eame o\u00f9 sa construction s&rsquo;achevait.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub8\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Migration, s\u00e9gr\u00e9gation et affrontements<\/h3>\n<p>Le Chicago de Daley fut \u00e9galement remodel\u00e9 par la poursuite de la Grande Migration, ce mouvement de plusieurs d\u00e9cennies par lequel des Afro-Am\u00e9ricains quitt\u00e8rent le Sud rural pour les villes du Nord et de l&rsquo;Ouest. La population noire de Chicago, concentr\u00e9e au milieu du si\u00e8cle dans la \u00ab Black Belt \u00bb du South Side et dans une enclave plus modeste du West Side, cr\u00fbt rapidement au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, \u00e0 mesure que de nouveaux arrivants venaient chercher des emplois d&rsquo;usine et \u00e9chapper aux lois Jim Crow. Mais les m\u00eames forces qui avaient b\u00e2ti la Machine b\u00e2tirent et firent aussi respecter la s\u00e9gr\u00e9gation : pratiques immobili\u00e8res restrictives, refus des banques de pr\u00eater dans les quartiers noirs (une pratique plus tard nomm\u00e9e redlining), et, parfois, r\u00e9sistance violente d&rsquo;habitants blancs lorsque des familles noires tentaient de s&rsquo;installer dans des p\u00e2t\u00e9s de maisons jusqu&rsquo;alors enti\u00e8rement blancs. La s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle \u00e0 Chicago devint si profond\u00e9ment enracin\u00e9e et si m\u00e9thodiquement organis\u00e9e par les politiques publiques que les historiens en viendraient plus tard \u00e0 dire que la ville avait construit un \u00ab second ghetto \u00bb \u2014 un ghetto cr\u00e9\u00e9 non pas simplement par les pr\u00e9jug\u00e9s priv\u00e9s, mais par les d\u00e9cisions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es des autorit\u00e9s du logement, des banques et des \u00e9lus.<\/p>\n<p>Ces conditions attir\u00e8rent le mouvement des droits civiques vers le Nord. En 1966, Martin Luther King Jr. emm\u00e9nagea dans un appartement du West Side et, aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;organisateurs locaux, lan\u00e7a le Chicago Freedom Movement, r\u00e9clamant l&rsquo;acc\u00e8s libre au logement et la fin des conditions de taudis. Les marches dans des quartiers blancs comme Marquette Park furent accueillies par des foules lan\u00e7ant des pierres et des bouteilles ; King lui-m\u00eame fut atteint par une pierre lors d&rsquo;une de ces marches et d\u00e9clara plus tard n&rsquo;avoir jamais vu une telle haine, pas m\u00eame dans le Grand Sud profond. La campagne aboutit cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 \u00e0 un accord n\u00e9goci\u00e9 sur le logement \u00e9quitable, bien que ses effets pratiques fussent limit\u00e9s, et elle laissa King et ses alli\u00e9s avec une conscience am\u00e8re de la profondeur avec laquelle la s\u00e9gr\u00e9gation \u00e9tait ancr\u00e9e dans les villes du Nord. Deux ans plus tard, l&rsquo;assassinat de King en avril 1968 d\u00e9clencha plusieurs jours d&rsquo;incendies volontaires et de troubles dans le West Side de Chicago, faisant plusieurs morts, r\u00e9duisant en cendres des p\u00e2t\u00e9s de maisons entiers de Madison Street et d&rsquo;autres art\u00e8res commerciales, et laissant dans les quartiers du West Side une cicatrice qui persista pendant des d\u00e9cennies. L&rsquo;ordre public donn\u00e9 par Daley \u00e0 la police de \u00ab tirer pour tuer \u00bb les incendiaires pendant les troubles devint l&rsquo;une des d\u00e9clarations les plus controvers\u00e9es de son mandat.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub9\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">1968 : le monde entier regarde<\/h3>\n<figure style=\"margin:6px auto 14px;max-width:380px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1968-2024040286_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1968-2024040286_nc.jpg\" alt=\"Manifestants de la convention d\u00e9mocrate, Grant Park, 1968\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 8px rgba(0,0,0,0.28);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">Manifestants de la Convention nationale d\u00e9mocrate \u00e0 la statue du g\u00e9n\u00e9ral Logan, Grant Park, ao\u00fbt 1968.<\/figcaption><\/figure>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1968-CD_Okrent_Lawrence_Democratic_Convention_Riots_General_Logan_Statue_Grant_Park_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1968-CD_Okrent_Lawrence_Democratic_Convention_Riots_General_Logan_Statue_Grant_Park_nc.jpg\" alt=\"Manifestants anti-guerre \u00e0 la statue Logan, Grant Park, 1968\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Manifestants anti-guerre rassembl\u00e9s \u00e0 la statue Logan pendant la convention, 1968.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La r\u00e9putation de turbulence civique de Chicago culmina plus tard cette m\u00eame ann\u00e9e, lorsque la ville accueillit la Convention nationale d\u00e9mocrate en ao\u00fbt 1968. La nation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sous le choc de l&rsquo;assassinat de King en avril et de celui de Robert F. Kennedy en juin, et la convention elle-m\u00eame fut domin\u00e9e par la fracture du parti autour de la guerre du Vietnam. Des milliers de manifestants anti-guerre, de Yippies et de militants \u00e9tudiants se rassembl\u00e8rent \u00e0 Grant Park et autour de l&rsquo;h\u00f4tel Conrad Hilton, et pendant plusieurs nuits de ce mois d&rsquo;ao\u00fbt, la police de Chicago s&rsquo;affronta violemment aux manifestants sous l&rsquo;\u0153il des cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision, gazant et frappant indistinctement manifestants, passants et journalistes. Une commission f\u00e9d\u00e9rale qualifierait plus tard les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;\u00ab \u00e9meute polici\u00e8re \u00bb. Les images diffus\u00e9es dans le monde entier \u2014 foules scandant des slogans, policiers anti-\u00e9meute maniant leurs matraques, nuage de gaz lacrymog\u00e8ne flottant sur Michigan Avenue \u2014 ancr\u00e8rent durablement l&rsquo;image d&rsquo;une Chicago \u00e0 la fois puissance politique brute et violence non r\u00e9solue, une image que l&rsquo;administration Daley passa des ann\u00e9es \u00e0 tenter de corriger.<\/p>\n<p>La violence de la convention rev\u00eatit une dimension personnelle pour au moins une personnalit\u00e9 qui allait plus tard en faire le r\u00e9cit. Bernardine Dohrn, dipl\u00f4m\u00e9e en 1967 de la facult\u00e9 de droit de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago et camarade de promotion de l&rsquo;avocat William J. Bowe, \u00e9tait devenue, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1968, secr\u00e9taire interorganisationnelle des Students for a Democratic Society (SDS), dont les militants contribu\u00e8rent \u00e0 animer la mobilisation anti-guerre qui convergea vers Chicago ce mois d&rsquo;ao\u00fbt-l\u00e0. En moins d&rsquo;un an, Dohrn conduirait la \u00ab faction d&rsquo;action \u00bb du SDS \u00e0 fonder le Weather Underground, un groupe que l&rsquo;Encyclop\u00e6dia Britannica d\u00e9crit comme ayant \u00ab cherch\u00e9 \u00e0 faire progresser le communisme par une r\u00e9volution violente \u00bb et ayant appel\u00e9 la jeunesse am\u00e9ricaine \u00e0 \u00ab provoquer [la] chute [du gouvernement] \u00bb. Le chapitre que Bowe consacre \u00e0 Dohrn, \u00ab Bernardine Dohrn \u2014 The SDS Revolutionaries Then and Now \u00bb, dans ses m\u00e9moires <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/2025\/07\/29\/bernardine-dohrn-sds-revolutionaries-then-and-now\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Riots &amp; Rockets<\/a>, retrace leur promotion commune d&rsquo;entr\u00e9e en facult\u00e9 de droit en 1964 et suit son parcours, depuis l&rsquo;\u00e9tudiante de premi\u00e8re ann\u00e9e qui \u00ab se faisait remarquer autant par ses minijupes que par ses opinions politiques \u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 la fugitive inscrite en 1970 sur la liste des dix criminels les plus recherch\u00e9s du FBI \u2014 une radicalisation que Bowe suivit en temps r\u00e9el en tant qu&rsquo;officier du renseignement de l&rsquo;Arm\u00e9e, alors charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer la probabilit\u00e9 de troubles int\u00e9rieurs suffisamment graves pour n\u00e9cessiter le d\u00e9ploiement de troupes f\u00e9d\u00e9rales.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub10\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">La fermeture des usines<\/h3>\n<p>Tandis que se d\u00e9roulaient ces drames politiques, un processus plus discret mais tout aussi transformateur \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans l&rsquo;\u00e9conomie de Chicago. La base manufacturi\u00e8re qui avait b\u00e2ti la ville \u2014 aci\u00e9ries le long de la rivi\u00e8re Calumet, industrie de l&rsquo;abattage et de la transformation de la viande (les Union Stock Yards ferm\u00e8rent finalement en 1971), ateliers de confection et de m\u00e9tallurgie, usines de wagons et de machines \u2014 entama un d\u00e9clin marqu\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 et jusque dans les ann\u00e9es 1980. La d\u00e9sindustrialisation nationale, port\u00e9e par la concurrence \u00e9trang\u00e8re, l&rsquo;automatisation et la d\u00e9localisation des usines vers la Sun Belt et l&rsquo;\u00e9tranger, frappa particuli\u00e8rement durement le South Side et le Southeast Side de Chicago. La fermeture de l&rsquo;immense aci\u00e9rie Wisconsin Steel en 1980 et la contraction des South Works de U.S. Steel tout au long des ann\u00e9es 1980 supprim\u00e8rent des dizaines de milliers d&#8217;emplois syndiqu\u00e9s qui avaient fait vivre des quartiers entiers pendant des g\u00e9n\u00e9rations. Les retomb\u00e9es \u00e9conomiques aggrav\u00e8rent la pauvret\u00e9 et la perte de population, en particulier dans le South Side et le Southeast Side, amplifiant les effets de la s\u00e9gr\u00e9gation et du d\u00e9sinvestissement qui avaient d\u00e9j\u00e0 concentr\u00e9 les difficult\u00e9s dans les quartiers noirs. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, les probl\u00e8mes de ch\u00f4mage et de finances publiques de Chicago \u00e9taient devenus si graves que la survie \u00e0 long terme de la ville en tant que grand centre \u00e9conomique faisait l&rsquo;objet d&rsquo;une inqui\u00e9tude ouvertement partag\u00e9e.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub11\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">La perc\u00e9e de Harold Washington<\/h3>\n<figure style=\"float:left;margin:4px 16px 12px 0;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1991-2025030449_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1991-2025030449_nc.jpg\" alt=\"La biblioth\u00e8que Harold Washington en construction, 1991\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">La biblioth\u00e8que Harold Washington en construction, 1991, nomm\u00e9e en l&rsquo;honneur du maire qui brisa l&#8217;emprise de la Machine sur la loyaut\u00e9 politique des \u00e9lecteurs noirs.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte de d\u00e9tresse \u00e9conomique et de griefs raciaux que Chicago \u00e9lut son premier maire noir. Richard J. Daley \u00e9tait mort en fonction en 1976, et une succession rapide de maires suivit, dont Jane Byrne, premi\u00e8re femme maire de la ville, \u00e9lue en 1979. En 1983, le repr\u00e9sentant Harold Washington remporta une primaire d\u00e9mocrate \u00e2prement disput\u00e9e \u00e0 trois contre Byrne et Richard M. Daley, le fils du d\u00e9funt maire, port\u00e9 par une mobilisation sans pr\u00e9c\u00e9dent des \u00e9lecteurs noirs, ainsi que par le soutien des \u00e9lectorats latino et blanc lib\u00e9ral. Sa victoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection g\u00e9n\u00e9rale, ce mois d&rsquo;avril-l\u00e0, au terme d&rsquo;une campagne marqu\u00e9e par des appels raciaux ouverts de la part de ses adversaires, fit de lui le premier maire noir de Chicago et une figure marquante de la politique urbaine am\u00e9ricaine. Le premier mandat de Washington fut accapar\u00e9 par ce que l&rsquo;on appela les \u00ab Council Wars \u00bb, un bloc de conseillers municipaux blancs fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;ancienne Machine bloquant l&rsquo;essentiel de son programme au conseil municipal ; ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s une \u00e9lection sp\u00e9ciale en 1986, qui fit basculer l&rsquo;\u00e9quilibre des forces, que Washington obtint un contr\u00f4le effectif du conseil. Il fut r\u00e9\u00e9lu en 1987 mais mourut d&rsquo;une crise cardiaque en novembre de cette m\u00eame ann\u00e9e, moins d&rsquo;un an apr\u00e8s le d\u00e9but de son second mandat, interrompant pr\u00e9matur\u00e9ment une mairie qui avait n\u00e9anmoins d\u00e9finitivement bris\u00e9 l&#8217;emprise de la Machine sur la loyaut\u00e9 politique des \u00e9lecteurs noirs et ouvert le gouvernement municipal \u00e0 un cercle plus large de Chicagoans.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub12\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Le client\u00e9lisme, les d\u00e9crets Shakman et les Council Wars<\/h3>\n<p>La Machine h\u00e9rit\u00e9e par Richard J. Daley de l&rsquo;organisation Kelly-Nash fonctionnait avec une seule monnaie : les emplois de client\u00e9lisme, des dizaines de milliers r\u00e9partis dans les administrations municipale et du comt\u00e9, attribu\u00e9s et retir\u00e9s par les chefs de circonscription en proportion directe de la fiabilit\u00e9 avec laquelle un groupe d&rsquo;\u00e9lecteurs se mobilisait le jour du scrutin. Ce syst\u00e8me connut sa premi\u00e8re contestation juridique s\u00e9rieuse en 1969, lorsqu&rsquo;un candidat politique ind\u00e9pendant nomm\u00e9 Michael Shakman engagea des poursuites, faisant valoir que subordonner les emplois publics \u00e0 la loyaut\u00e9 politique violait les droits constitutionnels tant des employ\u00e9s que des candidats qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient jamais libres de soutenir. Les d\u00e9crets de consentement qui en r\u00e9sult\u00e8rent, adopt\u00e9s une premi\u00e8re fois en 1972 puis \u00e9tendus progressivement au fil des d\u00e9cennies suivantes, interdirent peu \u00e0 peu les embauches, licenciements et promotions \u00e0 motivation politique dans la plupart des postes municipaux et du comt\u00e9 \u2014 un si\u00e8ge juridique lent mais constant, visant directement le m\u00e9canisme dont d\u00e9pendait le plus la Machine de Daley, m\u00eame si la pleine conformit\u00e9 resta un combat ouvert pendant des ann\u00e9es par la suite. La r\u00e9sistance affaiblie mais encore redoutable de la Machine au changement se manifesta de la fa\u00e7on la plus frappante apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de Harold Washington en 1983, lorsqu&rsquo;un bloc de vingt-neuf conseillers municipaux blancs, men\u00e9 par Edward Vrdolyak et Edward Burke \u2014 rapidement surnomm\u00e9 les \u00ab Vrdolyak 29 \u00bb \u2014, utilisa sa majorit\u00e9 au conseil pour bloquer, presque point par point, les nominations aux commissions, les budgets et le programme l\u00e9gislatif de Washington, plongeant l&rsquo;H\u00f4tel de Ville dans l&rsquo;impasse l\u00e9gislative prolong\u00e9e que la presse baptisa les Council Wars. L&rsquo;impasse ne fut finalement rompue qu&rsquo;apr\u00e8s qu&rsquo;une cour f\u00e9d\u00e9rale, jugeant que le d\u00e9coupage \u00e9lectoral municipal avait fait l&rsquo;objet d&rsquo;un charcutage racial, ordonna en 1986 une \u00e9lection sp\u00e9ciale dans sept quartiers ; les r\u00e9sultats renvers\u00e8rent l&rsquo;\u00e9quilibre du conseil et donn\u00e8rent \u00e0 Washington, pour la premi\u00e8re fois, une majorit\u00e9 effective pour gouverner.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub13\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Richard M. Daley et une ville postindustrielle<\/h3>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1964-2020101044_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1964-2020101044_nc.jpg\" alt=\"Le parking de Monroe Street, futur site de Millennium Park, 1964\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Le Prudential Building vu depuis le parking de Monroe Street, 1964 \u2014 futur site de Millennium Park.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s un bref int\u00e9rim assur\u00e9 par Eugene Sawyer, Richard M. Daley remporta l&rsquo;\u00e9lection de 1989, inaugurant un mandat de vingt-deux ans qui allait, une fois de plus, remodeler l&rsquo;\u00e9conomie et la physionomie de Chicago. L\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re avait gouvern\u00e9 une ville industrielle et fait construire des tours de logement social, le fils pr\u00e9sida \u00e0 leur d\u00e9molition finale, lan\u00e7ant au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 le \u00ab Plan for Transformation \u00bb de la Chicago Housing Authority, qui fit raser Cabrini-Green et les Robert Taylor Homes. Tout au long des ann\u00e9es 1990, son administration mena la reconversion du Loop et du Near North Side, encouragea la conversion r\u00e9sidentielle du centre-ville, courtisa les si\u00e8ges sociaux d&rsquo;entreprises et les institutions financi\u00e8res, et investit massivement dans le tourisme, la culture et les \u00e9quipements publics \u2014 une strat\u00e9gie qui acc\u00e9l\u00e9ra le basculement de la ville d&rsquo;une \u00e9conomie manufacturi\u00e8re vers une \u00e9conomie centr\u00e9e sur la finance, les services et l&rsquo;h\u00f4tellerie-restauration. Des quartiers proches du centre-ville, d\u00e9sinvestis depuis des d\u00e9cennies \u2014 dont certaines parties du Near North et du West Loop \u2014, connurent un investissement priv\u00e9 substantiel et une gentrification marqu\u00e9e, tandis que de nombreuses communaut\u00e9s du South Side et du West Side continuaient de lutter contre l&rsquo;h\u00e9ritage de la d\u00e9sindustrialisation et du logement social s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9. En 2000, l&rsquo;\u00e9conomie et la silhouette urbaine de Chicago ne ressemblaient plus gu\u00e8re \u00e0 la ville industrielle de 1951 ; cette transformation posa les bases des projets de r\u00e9am\u00e9nagement \u2014 dont Millennium Park et la candidature aux Jeux olympiques de 2016 \u2014 qui allaient d\u00e9finir le chapitre suivant de l&rsquo;histoire de la ville.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub14\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Le blues devient \u00e9lectrique, et la house music voit le jour<\/h3>\n<figure style=\"margin:6px auto 14px;max-width:380px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1956-2025050697_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1956-2025050697_nc.jpg\" alt=\"Le march\u00e9 de Maxwell Street, 1956\" style=\"max-width:100%;max-height:320px;width:auto;height:auto;display:block;margin:0 auto;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 8px rgba(0,0,0,0.28);\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">Le march\u00e9 de Maxwell Street, 1956, ce march\u00e9 \u00e0 ciel ouvert du South Side r\u00e9put\u00e9 pour ses musiciens de blues de rue.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chicago offrit au XXe si\u00e8cle deux genres musicaux \u00e0 part enti\u00e8re, n\u00e9s \u00e0 cinquante ans d&rsquo;intervalle, tous deux dans des salles sans \u00e9clat du South Side et du West Side. McKinley Morganfield \u2014 Muddy Waters \u2014 arriva du delta du Mississippi en 1943, esp\u00e9rant vivre de la musique \u00e0 plein temps, et d\u00e9couvrit qu&rsquo;une guitare acoustique \u00e9tait tout simplement inaudible dans un club bruyant de Chicago : \u00ab Quand j&rsquo;entrais dans les clubs, la premi\u00e8re chose que je voulais, c&rsquo;\u00e9tait un amplificateur. Personne ne pouvait vous entendre avec une acoustique. \u00bb Son single de 1948, \u00ab I Can&rsquo;t Be Satisfied \u00bb, enregistr\u00e9 pour le label tout juste cr\u00e9\u00e9 Aristocrat, \u00e9puisa son premier tirage en une seule journ\u00e9e et offrit aux fondateurs du label, les fr\u00e8res Leonard et Phil Chess, immigr\u00e9s polonais, le son qui allait d\u00e9finir Chess Records apr\u00e8s qu&rsquo;ils l&rsquo;eurent rebaptis\u00e9 ainsi en 1950. Chess devint l&rsquo;atelier o\u00f9 le blues du delta se fit \u00e9lectrique et urbain, enregistrant Muddy Waters, Howlin&rsquo; Wolf, Little Walter, Willie Dixon, Sonny Boy Williamson, Etta James et Chuck Berry ; ses disques travers\u00e8rent l&rsquo;Atlantique pour transformer le rock britannique \u2014 les Rolling Stones tir\u00e8rent leur nom d&rsquo;un single de Muddy Waters, et le groupe, tout comme Fleetwood Mac, se consid\u00e9rait comme son disciple direct apr\u00e8s une tourn\u00e9e galvanisante de Muddy Waters en Angleterre en 1958.<\/p>\n<p>Trois d\u00e9cennies plus tard, une autre piste de danse chicagoane fit na\u00eetre de toutes pi\u00e8ces un second genre musical. Le Warehouse, un club r\u00e9serv\u00e9 aux membres du South Loop ouvert en 1977, engagea le DJ Frankie Knuckles comme directeur musical, et, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Knuckles composa des sets m\u00ealant disques disco et musique \u00e9lectronique europ\u00e9enne \u00e0 un rythme plus dur, plus m\u00e9canique, jou\u00e9s pour un public enracin\u00e9 dans la culture des clubs noirs et gays de la ville. Les habitu\u00e9s se mirent \u00e0 demander dans les disquaires le genre de musique qu&rsquo;ils avaient entendu \u00ab au Warehouse \u00bb \u2014 abr\u00e9g\u00e9, comme l&rsquo;argot abr\u00e8ge toujours tout, en \u00ab house \u00bb \u2014 et, au milieu des ann\u00e9es 1980, les DJ et producteurs amateurs de Chicago pressaient leurs propres disques house et les exp\u00e9diaient dans le monde entier. Le b\u00e2timent lui-m\u00eame fut class\u00e9 Chicago Landmark en 2023, et la ville rebaptisa son p\u00e2t\u00e9 de maisons Frankie Knuckles Way en son honneur.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub15\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">The Second City, Steppenwolf et une nouvelle sc\u00e8ne chicagoane<\/h3>\n<figure style=\"float:right;margin:4px 0 12px 16px;width:42%;max-width:220px;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1961-2026030623_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1961-2026030623_nc.jpg\" alt=\"Le th\u00e9\u00e2tre The Second City, 1961\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 6px rgba(0,0,0,0.24);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:10px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:4px;line-height:1.3;\">Le th\u00e9\u00e2tre The Second City, au 1616 North Wells Street, 1961.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chicago r\u00e9inventa \u00e9galement, au cours de ces d\u00e9cennies, la com\u00e9die am\u00e9ricaine et, s\u00e9par\u00e9ment, le jeu d&rsquo;acteur am\u00e9ricain. The Second City ouvrit ses portes au 1842 North Wells Street le 16 d\u00e9cembre 1959, fond\u00e9 par Paul Sills, Bernard Sahlins et Howard Alk \u00e0 partir des anciens Compass Players de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, et b\u00e2ti sur les \u00ab jeux de th\u00e9\u00e2tre \u00bb improvis\u00e9s mis au point par la m\u00e8re de Sills, Viola Spolin. Ses revues satiriques, visant directement le conformisme de l&rsquo;\u00e9poque, devinrent rapidement un tremplin plut\u00f4t qu&rsquo;une destination : ses anciens \u00e9l\u00e8ves, au fil des d\u00e9cennies suivantes, compt\u00e8rent Alan Alda, Joan Rivers, John Belushi, Bill Murray, Dan Aykroyd, Chris Farley, Mike Myers, Tina Fey, Stephen Colbert et Amy Poehler, une lign\u00e9e ininterrompue reliant une sc\u00e8ne de devanture chicagoane \u00e0 Saturday Night Live et bien au-del\u00e0. Quinze ans plus tard, dans un tout autre genre de th\u00e9\u00e2tre, trois jeunes acteurs nomm\u00e9s Terry Kinney, Jeff Perry et Gary Sinise mont\u00e8rent leur premi\u00e8re production dans le sous-sol d&rsquo;une \u00e9glise de la banlieue de Highland Park en 1974, baptisant leur nouvelle compagnie Steppenwolf d&rsquo;apr\u00e8s le roman de Hermann Hesse que l&rsquo;un d&rsquo;eux se trouvait alors lire. Le r\u00e9alisme brut et collectif de Steppenwolf \u2014 sa troupe des d\u00e9buts en vint \u00e0 compter John Malkovich et Laurie Metcalf \u2014 b\u00e2tit patiemment une r\u00e9putation nationale, et, d\u00e8s 1991, la compagnie avait emm\u00e9nag\u00e9 dans sa propre salle construite \u00e0 cet effet sur North Halsted Street, tout en envoyant au fil du temps plusieurs de ses productions jusqu&rsquo;\u00e0 Broadway.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub16\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Bellow, Terkel et la voix de Chicago de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre<\/h3>\n<p>Les romanciers et journalistes de Chicago trouv\u00e8rent eux aussi, dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, une voix tout aussi singuli\u00e8re. Saul Bellow, arriv\u00e9 de Montr\u00e9al enfant, ouvrit son roman de 1953, The Adventures of Augie March, qui marqua sa perc\u00e9e, par la d\u00e9claration \u00ab Je suis un Am\u00e9ricain, n\u00e9 \u00e0 Chicago \u00bb, et remporta par la suite le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1976. Studs Terkel passa des d\u00e9cennies \u00e0 amener des Chicagoans ordinaires \u00e0 raconter leur propre histoire, d&rsquo;abord dans sa longue \u00e9mission de radio sur WFMT, puis dans des recueils d&rsquo;histoire orale comme Division Street: America (1967) et The Good War (1985), qui remporta le prix Pulitzer. Roger Ebert, entr\u00e9 au Chicago Sun-Times comme critique de cin\u00e9ma en 1967, devint en 1975 le premier critique de cin\u00e9ma \u00e0 recevoir le prix Pulitzer, et ses joutes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es avec Gene Siskel, du Chicago Tribune, firent de l&rsquo;expression \u00ab deux pouces lev\u00e9s \u00bb une formule entr\u00e9e dans le langage courant. Une g\u00e9n\u00e9ration plus jeune perp\u00e9tua cette tradition : l&rsquo;avocat en exercice Scott Turow transforma son propre journal d&rsquo;\u00e9tudiant \u00e0 la facult\u00e9 de droit de Harvard en best-seller avec One L (1977), avant de r\u00e9inventer le thriller judiciaire avec Presumed Innocent (1987), tandis que les recueils de nouvelles de Stuart Dybek saisissaient les ruelles populaires de Pilsen et de Little Village et lui valurent, en 2007, une bourse MacArthur.<\/p>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub17\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Les Hairy Who et l&rsquo;Uptown Poetry Slam<\/h3>\n<p>Les artistes visuels et les po\u00e8tes de Chicago b\u00e2tirent tout aussi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment leurs propres sc\u00e8nes, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;ombre de New York. En 1966, six jeunes dipl\u00f4m\u00e9s de la School of the Art Institute \u2014 Jim Falconer, Art Green, Gladys Nilsson, Jim Nutt, Suellen Rocca et Karl Wirsum \u2014 se mirent \u00e0 exposer ensemble au Hyde Park Art Center sous le nom de Hairy Who, montrant des tableaux criards, fa\u00e7on bande dessin\u00e9e, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 contre-courant des modes, puisant \u00e0 des sources aussi vari\u00e9es que le surr\u00e9alisme, les catalogues de vente par correspondance et les illustrations m\u00e9dicales. Le groupe se dissout au bout de trois ans, mais il d\u00e9clencha une vague plus large d&rsquo;expositions, \u00e9tal\u00e9e sur toute une d\u00e9cennie \u2014 Nonplussed Some, False Image, et d&rsquo;autres \u2014 que la critique regrouperait plus tard sous le nom de Chicago Imagists, un ensemble d&rsquo;\u0153uvres aussi \u00e9trange et propre \u00e0 la ville que le blues ou le gratte-ciel. La sc\u00e8ne litt\u00e9raire de Chicago trouva un foyer tout aussi combatif et tout aussi durable lorsque le po\u00e8te Marc Smith lan\u00e7a, un lundi soir de 1984, un micro ouvert au Get Me High Lounge de Bucktown et, le 25 juillet 1986, organisa ce qu&rsquo;il appela un \u00ab slam \u00bb de po\u00e9sie \u2014 une lecture \u00e0 voix haute jug\u00e9e, de fa\u00e7on comp\u00e9titive, par des membres du public tir\u00e9s au hasard. Le spectacle d\u00e9m\u00e9nagea ensuite au Green Mill, l&rsquo;ancien lounge de jazz de l&rsquo;Uptown sur North Broadway, o\u00f9 l&rsquo;Uptown Poetry Slam se tient encore chaque dimanche soir, le plus ancien spectacle de po\u00e9sie hebdomadaire du pays \u00e0 fonctionner sans interruption, et le berceau reconnu du slam de po\u00e9sie en tant que forme d&rsquo;art nationale et internationale.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<h3 id=\"chap-era1951-sub18\" style=\"scroll-margin-top:60px;\">Un demi-si\u00e8cle de r\u00e9invention<\/h3>\n<figure style=\"margin:6px auto 14px;max-width:400px;text-align:center;\"><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1995-2024081563_dl.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"Click to view full size with caption\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wbowe.com\/vintage-chicago\/1995-2024081563_nc.jpg\" alt=\"La plage d'Oak Street, 1995\" style=\"width:100%;border-radius:6px;box-shadow:0 2px 8px rgba(0,0,0,0.28);display:block;\"><\/a><figcaption style=\"font-size:11px;color:#2a1f14;font-weight:600;font-style:italic;margin-top:6px;line-height:1.4;\">La plage d&rsquo;Oak Street, 1995 \u2014 une image promotionnelle de la ville riveraine r\u00e9invent\u00e9e et postindustrielle.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pris dans son ensemble, la p\u00e9riode allant de 1951 \u00e0 2000 marque le passage de Chicago d&rsquo;une puissance industrielle, organis\u00e9e autour des usines, des gares de triage et d&rsquo;une machine politique disciplin\u00e9e, \u00e0 une m\u00e9tropole postindustrielle d\u00e9finie par la finance, le tourisme et les services. Ce passage ne fut jamais paisible. Il fut port\u00e9 par des autoroutes qui vid\u00e8rent des quartiers tout en b\u00e2tissant des banlieues, par un maire dont le contr\u00f4le de fer sur l&rsquo;administration municipale produisit aussi les tours de logement qui concentr\u00e8rent la pauvret\u00e9 d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re, par un mouvement des droits civiques qui r\u00e9v\u00e9la \u00e0 quel point la s\u00e9gr\u00e9gation \u00e9tait ancr\u00e9e dans la vie urbaine du Nord, et par le choc de la d\u00e9sindustrialisation, qui vida la ville des emplois manufacturiers ayant soutenu sa classe ouvri\u00e8re. Ce fut aussi un demi-si\u00e8cle de changement politique durement acquis, culminant avec l&rsquo;\u00e9lection de Harold Washington, et d&rsquo;une r\u00e9invention civique finalement men\u00e9e \u00e0 bien sous Richard M. Daley, alors que Chicago se repositionnait pour une \u00e9conomie de services et d&rsquo;information. En l&rsquo;an 2000, Chicago avait surv\u00e9cu \u00e0 la perte de son ancienne identit\u00e9 industrielle et au traumatisme de ses conflits raciaux et politiques pour \u00e9merger, quoique in\u00e9galement, comme une ville mondiale \u2014 prosp\u00e8re et reconstruite dans son c\u0153ur d&rsquo;affaires, mais encore aux prises, dans ses quartiers du South Side et du West Side, avec les cons\u00e9quences des choix que ses dirigeants avaient faits en chemin.<\/p>\n<div style=\"clear:both;\"><\/div>\n<p style=\"font-size:12px;color:#000;font-weight:700;margin-top:14px;\"><u>Pour aller plus loin<\/u> : Mike Royko, <a href=\"https:\/\/www.penguinrandomhouse.com\/books\/316191\/boss-by-mike-royko\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Boss: Richard J. Daley of Chicago<\/a> (1971) ; Adam Cohen et Elizabeth Taylor, <a href=\"https:\/\/www.hachettebookgroup.com\/titles\/adam-cohen\/american-pharaoh\/9780316834032\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">American Pharaoh: Mayor Richard J. Daley \u2014 His Battle for Chicago and the Nation<\/a> (2000) ; Arnold R. Hirsch, <a href=\"https:\/\/press.uchicago.edu\/ucp\/books\/book\/chicago\/M\/bo57364969.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940\u20131960<\/a> (1983) ; Isabel Wilkerson, <a href=\"http:\/\/warmth.isabelwilkerson.com\/the-book\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">The Warmth of Other Suns: The Epic Story of America&rsquo;s Great Migration<\/a> (2010) ; Gary Rivlin, <a href=\"https:\/\/garyrivlin.com\/book\/fire-on-the-prairie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Fire on the Prairie: Chicago&rsquo;s Harold Washington and the Politics of Race<\/a> (1992) ; William J. Bowe, chapitre 1, <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/2025\/07\/29\/bernardine-dohrn-sds-revolutionaries-then-and-now\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Riots &amp; Rockets<\/a> (2025) ; William J. Bowe, <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/2022\/05\/02\/bernadine-dohrn-and-john-ashcroft-look-back\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Bernardine Dohrn and John Ashcroft Look Back<\/a> (2022) ; Ann Durkin Keating, <a href=\"https:\/\/www.amazon.com\/Chicago-Neighborhoods-Suburbs-Historical-Guide\/dp\/0226428876\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Chicago Neighborhoods and Suburbs: A Historical Guide<\/a> (2008) ; Chicago Department of Aviation, <a href=\"https:\/\/www.flychicago.com\/business\/CDA\/Pages\/OHare.aspx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">O&rsquo;Hare History<\/a> ; Paul Kleppner, <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/chicagodividedma00klep\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Chicago Divided: The Making of a Black Mayor<\/a> (1985) ; Paul M. Green et Melvin G. Holli (dir.), <a href=\"https:\/\/www.siupress.com\/9780809331987\/the-mayors\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">The Mayors: The Chicago Political Tradition<\/a> ; History.com, <a href=\"https:\/\/www.history.com\/this-day-in-history\/june-26\/st-lawrence-seaway-opened\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">St. Lawrence Seaway Officially Opened<\/a> ; Encyclopaedia Britannica, <a href=\"https:\/\/www.britannica.com\/topic\/Saint-Lawrence-Seaway\/History\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">St. Lawrence Seaway<\/a> ; Congressional Research Service, <a href=\"https:\/\/www.congress.gov\/crs-product\/R47550\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Shipping on the Great Lakes and St. Lawrence Seaway: An Update<\/a> ; Illinois Rock &amp; Roll Museum, <a href=\"https:\/\/roadtorock.org\/artist\/chess-records\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Chess Records<\/a> ; NPR, <a href=\"https:\/\/www.npr.org\/2023\/03\/02\/1160484070\/chicago-birth-of-house-music\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">From the Warehouse to the World: Chicago and the Birth of House Music<\/a> (2023) ; The Second City, <a href=\"https:\/\/www.secondcity.com\/history\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Alumni &amp; Comedy History<\/a> ; Steppenwolf Theatre Company, <a href=\"https:\/\/www.steppenwolf.org\/ensemble\/history\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">History &amp; Founders<\/a> ; Art Institute of Chicago, <a href=\"https:\/\/www.artic.edu\/exhibitions\/2722\/hairy-who-1966-1969\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Hairy Who? 1966\u20131969<\/a> ; Poetry Foundation, <a href=\"https:\/\/www.poetryfoundation.org\/poets\/marc-kelly-smith\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" style=\"color:#0645AD;text-decoration:underline;\">Marc Kelly Smith<\/a>.<\/p>\n<p style=\"font-size:12px;color:#000;font-weight:700;margin-top:14px;\"><u>Cr\u00e9dits photographiques<\/u> : Tours d&rsquo;habitation de Cabrini-Green, 1958 \u2014 photographie d&rsquo;archives Getty Images (24 mars 1958) ; Manifestants de la Convention nationale d\u00e9mocrate de 1968, Grant Park \u2014 Chicago History Museum (photographie de Peter Bullock, ICHi-050772) ; Manifestants anti-guerre \u00e0 la statue Logan, 1968 \u2014 photo de Lawrence Okrent, CD ; Biblioth\u00e8que Harold Washington en construction \u2014 Chicago Public Library Archives (photographies de construction de Peter Fish Studios, 1988\u20131991). Les sources internet des autres photos ne sont pas identifi\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<p>\u2190 <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/fr\/chicago-ere-du-jazz-1901-1950\/\">Pr\u00e9c\u00e9dent : chapitre 4, Chicago \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du jazz<\/a> &nbsp;|&nbsp; <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/fr\/histoire-vintage-chicago\/\">Introduction<\/a> &nbsp;|&nbsp; <a href=\"https:\/\/wbowe.com\/fr\/chicago-epoque-contemporaine-2001-present\/\">Suivant : chapitre 6, Chicago contemporain \u2192<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wbowe.com\/map-vintage-chicago\/\">Explorez la carte interactive de Vintage Chicago<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 5 : Chicago \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique, 1951\u20132000 Vue depuis l&rsquo;Auditorium Building vers le Prudential Building en construction, 1954. 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